Lundi 17 décembre 2012, expulsion des Roms du hangar dit « de la MC2 », à Grenoble (ou : Quand le Parti Socialiste se penche sur la misère des sans-abri)

Evacuation du hangar en face de MC2

Evacuation du hangar en face de MC2

Ce lundi 17 décembre 2012, à 6h10, la police a encerclé le hangar situé face à l’Externat Notre-Dame, non loin de la MC2, occupé en majorité par des roms roumains venus se réfugier là après l’expulsion du camp de La Tronche en juillet 2012.
Des cars de police un peu partout, derrière, devant, sur les deux côtés du hangar et un rideau d’hommes qui arborent des protections multiples, aux jambes, aux bras, sur la tête.
La police a pénétré à l’intérieur vers 7h et, sous une pluie fine et dans le froid, a fait sortir les habitants.
Avec la centaine de policiers et de gendarmes, est également présente une dizaine de policiers municipaux.
Diantre ! Aurions-nous affaire à de dangereux malfaiteurs, à des envahisseurs de énième génération ?
Et derrière tout ce petit monde estampillé « shérif » circulent le directeur des services de la préfecture, des personnes du CCAS, de Roms Action et même la SDCS (société de surveillance).
Face à eux : des militant-e-s (Patate Chaude, École ici-maintenant, …), des sympathisant-e-s et quelques passant-e-s pour la plupart scandalisé-e-s.

Dans le hangar, les adultes s’organisent, empaquettent, ficellent ; les enfants, nombreux et hauts comme 3 pommes, franchissent les jambes bien plastifiées de la police pour venir nous voir, parfois nous sourire et se réfugier dans nos bras, parfois juste nous regarder aussi, ne comprenant pas, pas plus que nous. Les plus grands ont le visage fermé et d’une grande tristesse.
Dans la cour, un chapiteau est dressé où les occupant-e-s des lieux, selon un scénario bien rôdé, devront passer devant les représentants des différentes institutions : papiers, contrôles… Un passage s’ouvre et un couple arrive, puis une famille, une autre…
Certaines personnes nous ont confié des sacs, un vélo. A ce moment là, et seulement à ce moment là, nous avons pu échanger quelques mots. Ne sachant pas ce qui les attendait, ni où elles allaient être orientées, hébergées (où ? comment ? quelle structure ?) leurs visages sont remplis d’inquiétude. Des personnes du CCAS nous répètent que les enfants vont aller à l’école, des militantes s’en étonnent : comment aller à l’école dans ces conditions ?
La pluie s’interrompt, recommence, les familles passent devant nous, on leur attrape la main, on échange des sourires, ils disparaissent dans des véhicules. Quelques scènes décalées arrêtent le regard : un père roumain, de notre côté, qui demande à son fils, de l’autre côté des policiers, d’aller chercher deux pneus, et il part plus loin avec ses roues. Un enfant, agrippé à une veste en fourrure, totalement silencieux, nous regarde, presque immobile dans l’agitation générale. On le photographie. Une petite fille passe entre les jambes sombres d’un policier et une personne commente : « elle est plus petite que les protège-tibias ».
On ne peut traverser la rangée bien alignée des policiers. Trois journalistes sont passé-e-s, et l’une d’entre eux a pris des photos, des enfants surtout. L’un des membres de la Patate Chaude aussi, mais lui s’est tout de suite reçu une volée de commentaires par l’un des flics qui voulait l’en empêcher : « C’est interdit ! » « Pas du tout, on est encore en démocratie, j’ai le droit ! » « Je vais voir mon chef et on verra bien… » Il n’est jamais revenu. Il tentait juste un coup de pression pour empêcher les images de leur sinistre activité matinale de circuler…

Les familles sont embarquées dans des mini-cars, avec un minimum d’affaires, et conduites au C.A.I. (Centre d’Accueil Intercommunal), ou, après une analyse de leur situation sociale (composition de la famille…) elles seront conduites vers un des 2 sites prévus et équipés d’Algeco : chemin Fortuné Ferrini (sur La Tronche), et l’aire de stationnement aménagée et prévue pour les Gens du Voyage, derrière les anciennes usines Allibert (Grenoble).
Un couple s’est vu notifier une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) de 30 jours, et une personne a été conduite au CRA (Centre de Rétention Administrative) de Lyon Saint-Exupéry. Commentaire d’un des policiers quand la personne reçoit une OQTF : « Allez, bonnes vacances » !
Une fois le hangar vidé de ses occupant-e-s, ce sont les employés de la voirie et les engins de travaux publics qui entrent en action. Drôle de ballet. Présence aussi de camions-plateaux qui emmènent les caravanes. Tristesse.

37 Roumain-e-s (des enfants pour les 2/3) et une dizaine de Hongrois-es auront été expulsé-e-s ce matin, sous un ciel blafard.

Malgré elles, les personnes de Saint-Martin le Vinoux, installées dans des Algeco sur Fontaine, ont servi de laboratoire car, cette fois, un bloc sanitaire est installé ainsi que 2 WC sur la parcelle chemin Fortuné Ferrini. 27 personnes y sont hébergées dans 4 Algeco. Espérons, sans trop y croire, que cet hébergement ne sera pas géré par l’hystérique directeur d’association qu’il est inutile de citer ici, mais dont beaucoup ont déjà eu à se plaindre, à commencer par les Roms eux-mêmes.
Des journalistes étaient présents (FR3, Télé Grenoble, Dauphiné, RCF). Il s’avérerait que les différents services, y compris la police, aient été un peu pris de cours pour cette opération, mais le préfet semble avoir voulu précipiter les choses…
Au total, les expulsés de Saint-Martin le Vinoux et de Grenoble ont été dispersés et entassés dans des Algeco à Fontaine (près de But), à la Tronche (rue Fortuné Ferrini), à Grenoble (derrière Allibert) et dans les anciens bureaux de Jeunesse et Sports, rue Verlaine.

Que peuvent espérer ces familles qui disent : on voudrait travailler, on voudrait que nos enfants aillent à l’école, on voudrait un logement… Elles ont, en tout cas, tout à redouter de l’avenir dans ces hébergements, au milieu de nulle part, et que les responsables eux-mêmes qualifient de provisoires.
Pour les soutenir moralement, les aider, rompre leur isolement, passez les voir. Du moins, si vous y arrivez, car l’hystérique gestionnaire de ces locaux prétend s’arroger le droit d’interdire les visites aux familles hébergées (sur ordre du préfet ?)…

Afin de se démarquer de l’époque sarkozyste, les pouvoirs publics ont répété dans les nombreux articles parus avant et après ces expulsions qu’ils ont préparé celles-ci depuis longtemps, dans un souci des personnes concernées.
La réalité est que cette préparation s’est effectivement faite depuis des mois du côté des pouvoirs publics, mais sans que les premiers-ères concerné-e-s ne soient jamais entendu-e-s ou pris-es en compte avec leurs besoins et projets réels. Tout ce que les familles Roms ont pu toucher du doigt de cette préparation, ce sont les contrôles (appelés en novlangue « recensements ») effectués par la police nationale, sans explication aucune, quelques semaines avant les expulsions, et qui ont permis d’établir, à l’intention des pouvoirs publics, des listes indiquant qui serait « hébergé », qui recevrait une OQTF et qui serait emmené au CRA afin d’être expulsé en Roumanie. Jusqu’au jour même des expulsions, les personnes n’avaient aucune certitude sur ce qui les attendait, alors qu’une foule d’élus, de techniciens publics, de travailleurs sociaux, étaient, eux, au courant.

Bruno Charlot, secrétaire général adjoint du préfet de l’Isère, a affirmé dans un article du Dauphiné Libéré du 18 décembre 2012 : « L’idée, c’est qu’aucune famille ne soit laissée à la rue ce soir », et dans la suite de l’article : « Selon les derniers recensements, ce camp abritait une centaine de personnes. Plus de la moitié de ces occupants l’ont quitté avant l’intervention hier des forces de police et de gendarmerie. » Pourtant, maintenir ainsi les gens dans l’angoisse de ce qui les attend, n’est-ce pas la meilleure manière de s’assurer de leur docilité le jour-même, et pourquoi pas d’en pousser certain-e-s à quitter le camp avant l’expulsion ?
Si l’accompagnement social de ces personnes était réellement une priorité, c’est à leurs conditions de vie quotidienne, c’est-à-dire à leur habitat, à leur santé, à leur scolarisation, que les pouvoirs publics devraient s’intéresser en premier lieu. Preuve s’il en est que derrière le vernis de l’action sociale, il s’agit avant tout de contrôle social et de répression.

Nous continuerons de répéter inlassablement que la seule solution est que tou.te.s les migrant-e-s aient accès, comme tout le monde, sans discrimination, au droit commun, au travail, au logement, à l’éducation, aux aides sociales et à une existence digne.

École Ici et Maintenant – La Patate Chaude

Une projection dans un bidonville !

21 juin, Grenoble, fête de la Musique. Moment de détente pour la population. En ville, les jeunes s’éclatent, de concerts en soirées, les groupes déambulent, échevelés ou éméchés. Moment culturel institutionnalisé. Il en va autrement pour le quotidien des habitants du bidonville de La Tronche, face au supermarché Décathlon. Plutôt un sentiment de « fin de … », après l’opération policière de recensement-fichage des habitantEs, le 23 mai dernier, avec distribution subséquente d’OQTF annonçant une future expulsion …

Malgré tout, le collectif la Patate chaude et ses amiEs ne lâche pas le morceau. Une séance de cinoche est organisée dans l’urgence. Pour projeter un film documentaire. Montage d’une armature pour l’écran, projecteur, installation de la sono. Les enfants fourmillent pour aider au montage, les adultes nous interpellent, on discute aussi, les échanges se poursuivent. Un goûter a même été improvisé.

Le film c’est le « Le Bateau en carton ». Il nous parle de la condition des Roms roumains en France. Le cinéaste José Vieira a suivi, deux années durant, un groupe de personnes, de bidonville en cabanes de fortune, au gré des expulsions, à commencer par celle de leur campement sous un pont de l’autoroute A10, en périphérie parisienne. De la logique de débrouille à la survie, des espoirs déçus aux êtres désabusés, luttant sans relâche pour vivre, durer, maintenir leur dignité et revendiquer par leur présence leur droit à s’installer en France.

En pleine action : montage de l’écran

En pleine action : montage de l’écran

Miroir de la condition des Roms à Grenoble ? Malgré la pluie intermittente et le sujet qui ne leur offre pas franchement l’évasion qu’ils auraient pu attendre de la projection, la plupart des spectateurs et spectatrices regardent le film jusqu’au bout. A la fin de la projection, l’idée naît conjointement de faire une autre projection sur le camp bientôt. Un habitant évoque le film de Toni Gatlif « Gadjo Dilo ». Il est vrai que le fameux film de Toni Gatlif, connu et apprécié, fait l’unanimité chez les Roms, roumains ou non, chez beaucoup de Français aussi. Il met en scène de façon réaliste la vie d’une communauté à l’écart d’un village, leur sens de la vie collective, leurs rires, leurs peurs, leurs petits mensonges et leurs grands espoirs, leurs souffrances … et les tensions avec leurs voisins roumains. Une prochaine séance pour ce film, qui sait ?

Le vrai visage de l’« identité nationale » : le racisme institutionnalisé

En attendant, ici, ce sont les conflits et les récriminations des voisins avec lesquels il a fallu tenter de composer. Si les voisins immédiats estiment subir des nuisances, les habitants du campement, eux, subissent les actes et les propos racistes d’une partie du voisinage à propos de problèmes engendrés par le désinvestissement des pouvoirs publics. La mairie, la métro, le conseil général n’ont-ils pas des containers, des poubelles (tri des déchets compris) pour le ramassage des ordures, des graviers à épandre pour combler les trous, du produit pour chasser les rats, des travailleurs sociaux, des médecins  et des infirmières, pour informer et donner des soins de base (vaccins, suivi minimal des grossesses) ?  Mais le maire et la préfecture ont d’autres projets : expulsion, criminalisation collective des habitants de ce lieu et négligence de leurs besoins fondamentaux (santé, scolarité, logement, accès au travail, minima sociaux, …). Alors qu’il y a tant de bâtiments vides à Grenoble ! La politique nationaliste prônée par Sarkozy semble bien se poursuivre, voire empirer au vu de l’accélération des récentes mesures répressives à l’égard des Rom, des migrants clandestins et autres précaires ! Déni, ostracisme social, peur et répression.

Malgré tout cela, malgré le climat sécuritaire et répressif, depuis plus d’une année, des voisines ont dépassé peurs et préjugés. Elles ont rencontré les habitants de plusieurs lieux précaires des Roms de La Tronche. Elles ont d’abord vu, elles ont pris conscience des conditions de vie déplorables et plusieurs se sont mobilisées, ont apporté leur aide, sont entrées en dialogue ! Question de choix ? La rencontre concrète entre personnes plutôt que le racisme et le tout sécuritaire.

« … on n’a plus peur de vous ! »

Au-delà des enjeux de cette petite commune grenobloise, quelles peurs de l’étranger faut-il que les autorités réveillent, entretiennent ou mobilisent pour renforcer l’idée, dans la population française et ailleurs en Europe également, que « non, vraiment, ces gens, ces Roms, sont trop différents de nous », … renforcée par la suspicion que les Roms d’Ex-Yougoslavie sont de « faux demandeurs d’asile ». Il y a quelques mois, j’étais à une conférence-débat sur et avec des Tsiganes à Bruxelles. Quand il prit la parole, un militant Manouche répéta pour l’assemblée ces mots qu’il eut, quelques années avant, à un gendarme lors d’un contrôle où on leur cherchait noise, une fois encore. Il lui dit : « nous monsieur, on a changé : on n’a plus peur de vous » …

La projection du "Bateau en Carton"

La projection du « Bateau en Carton »

Des Roms, des migrants des autres continents viennent chercher une vie meilleure et du travail dans nos sociétés européennes vieillissantes qui doivent objectivement renforcer leur main d’œuvre pour les métiers non délocalisables (hôtellerie et restauration, soins à domicile, soins de santé en institutions ainsi que tous les métiers manuels qualifiés mais aussi les travaux durs du bâtiment dont les nationaux ne veulent plus). Des migrants arrivent, avec ou sans qualification, avec ou sans papiers ? – moi j’dis michto ! La « liberté de circuler et de s’installer », principe bardé d’exceptions selon votre statut (papiers, diplômes, …), dans cette Europe faussement ouverte, c’est comme la parole : ça ne se demande pas, ça se prend !

Olivier

Camp de La Tronche : une population à contrôler

Camp de La Tronche en 2010Décidément jamais tranquilles.

Il y a un an le camp de Roumains, Roms ou non, situé sur la commune de la Tronche, face à Décathlon, a eu la « visite » des forces de police, et là, le 22 mai voilà que ça recommence. Il s’agir « d’un recensement », dit un conseiller municipal ; contrôle à huis clos au cours duquel des OQT (Obligation de Quitter le Territoire) seront distribuées. Légitimation d’une autorité sécuritaire. Leurs expulsions sont minimisées en se disant que de toutes les façons « ils vont revenir » ; bel euphémisme qui ne tient pas compte de la douleur.

Il a fallu batailler 2 ans pour que le maire, M. Bertrand-Pougnand, accepte de scolariser les enfants (ce qui est pourtant un Droit) ; avait-il peur que ces enfants troublent et menacent les petits tronchois ? Ne s’enrichit-on pas de la culture de l’Autre ? (une instit. a dit à un enfant qui arrivait dans son école : « je te préviens, l’école est obligatoire…. » ; le môme n’a pas saisi le sens, mais a eu peur).

Le CCAS de la Tronche refuse, de manière illégale, de domicilier les personnes du camp ; chaque fois la même réponse : « Ils sont sans droits, ni titres ». La France, « pays des droits de l’Homme », quel mythe ! Si les ressortissants européens bénéficient de la liberté de circulation, une restriction existe pour les Roumains (et les Bulgares) comme s’ils étaient hors Union Européenne !! Et ces limites engendrent des problèmes de discrimination.

Le camp de la Tronche est un bidonville, nouveau taudis du XXIème. Combien de fois les services de cette municipalité, ainsi que la Métro et le Conseil Général, ont été alertés, sollicités, avertis des conditions d’hygiène et d’insalubrité. La surdité de ces institutions est effrayante. Il y a une réelle volonté politique de laisser la situation pourrir, de laisser ces personnes dans un état de délabrement, de désolation. (En fait la mairie cherche à récupérer le terrain par une destitution au propriétaire pour abandon manifeste d’entretien de parcelle ; manœuvre super pratique pour un projet immobilier !).

M. Bertrand-Pougnand parle de « prolifération de maladies » ; c’est quoi ? La peste, la gale ? Autres maladies contagieuses ? Ne devrait-il pas, alors, porter assistance à ces enfants, ces femmes et ces hommes ? Il s’est établi une relation de domination, de méfiance et d’hostilité vis-à-vis de cette population ; le fantasme de « voleurs de poules et ….. d’enfants » perdure. Quant à l’apparition « de différentes races de rats » (propos du maire), ce commentaire, à connotation raciste, dénote un rejet des habitants du camp. [Les Tutsis, au Rwanda, étaient dénommés « des cafards »].

Les riverains du camp se disent importunés, agacés, dérangés. Suspicieux. Les habitants du camp sont malmenés, épuisés, fatigués.

La population roumaine, ou bulgare, Rom ou non, est maintenue hors de la société ou confinée avec une surveillance quotidienne, elle n’a pas un libre droit de circulation et un accès au marché du travail ; « coupable » de pauvreté, qui crée mendicité et travail parallèle ?

Jamais tranquille. Une population bannie.

Jocelyne (membre du collectif La Patate Chaude )

Pour les familles roms de St Martin le Vinoux, la seule réponse du Conseil Général, c’est l’expulsion sèche

Maison occupée à SMLV« Je suis depuis un certain temps à la maison de Saint Martin le Vinoux et on nous avait promis qu’on ne nous expulserait pas de la maison du Conseil Général, mais un jour les policiers sont venus et ils nous ont jeté dehors.
Les policiers sont entrés dans la maison ; on ne savait pas si on allait pouvoir partir tous ensemble avec les enfants, ou pas. Ils ne nous ont pas laissé le droit de prendre nos vêtements. Nos enfants n’ont pas pu aller à l’école, et ils ont emmené la voiture. » (Mr M., ex-habitant de la maison)

Ce mardi 29 mai , les représentants du Conseil Général de l’Isère, ainsi que 4 ou 5 minibus de la police nationale et un huissier sont venus expulser les familles habitant depuis le mois de novembre 2010 au 10 impasse de la Libération, à Saint Martin le Vinoux.

Cette maison appartenant au Conseil Général avait d’abord été occupée par le collectif Solidarité Roms[1] à partir du 22 octobre 2012, après être restée vide plus d’un an. L’action, soutenue par le collectif Défends-Toit, l’association Droit au Logement (DAL) et le CIIP (Centre d’Information Inter-Peuples), visait à interpeler les pouvoirs publics sur leurs responsabilités quant à la question du logement, et notamment le logement des Roms sur l’agglomération grenobloise. Elle visait aussi à demander l’application de la loi de réquisition, à l’heure où plusieurs milliers de logements étaient vacants sur l’agglomération.

En l’absence de réponses du Conseil Général aux revendications du collectif, 3 familles roms, présentes sur l’agglomération depuis 2007, allant de squats en campements, et dont les démarches pour obtenir un toit traînaient depuis plus d’un an dans les limbes politico-administratives, sont venues y habiter à compter du 8 novembre 2010.

Le Conseil Général a alors mandaté l’association Un Toit Pour Tous afin de trouver une « solution » d’habitat pour que les familles quittent cette maison. Les familles et le collectif les soutenant, avaient en effet posé la condition à Mr ARIAS, élu du Conseil Général, responsable de l’insertion et des familles, qu’elles laisseraient les clés de la maison en échange d’autres clés – manière de rappeler au Conseil Général sa mission d’hébergement des familles.

Les familles, Un Toit Pour Tous, le collectif de la Patate Chaude, tous et toutes ont « joué le jeu » de chercher une solution durable. De nombreuses réunions ont eu lieu à la maison et au Conseil Général. De multiples démarches ont été effectuées afin de remplir les dossiers nécessaires pour accéder à un toit de manière légale. Des dossiers DAHO[2] (Droit A l’Hébergement Opposable) ont été constitués, avec le soutien de Médecins du Monde, de l’APASE (association de prévention spécialisée), de la PASS (permanence d’accès aux soins de santé[3]) et de Roms Action.

Mais ces demandes ont été refusées une première fois, puis une seconde fois en recours, avec des arguments tels que l’absence de suivi par des travailleurs sociaux, alors même que le Conseil Général interdisait aux assistantes sociales d’accompagner ces familles, l’absence de revenus ne pouvant permettre l’accès à un logement !! (un comble pour une demande d’hébergement…). Ces demandes font aujourd’hui l’objet d’un recours contentieux devant le tribunal administratif – le recours consistant à dénoncer les refus à leurs demandes d’hébergement – mais la démarche peut durer plus d’un an…

En parallèle, le Conseil Général a lancé une procédure d’expulsion locative. Le 26 novembre 2010, Mr Vallini donnait son feu vert pour déposer plainte auprès du Procureur de la République contre cette occupation. Le 4 octobre 2011, les familles sont appelées à comparaître devant le tribunal. Le jugement tombe en novembre : le juge est favorable à une explusion immédiate. A compter du 13 décembre 2011, les familles peuvent ainsi à tout moment être mises à la rue.

Le Conseil Général pose néanmoins aux familles le choix suivant : elles doivent accepter de quitter la maison pour l’hôtel social, ou seront remises à la rue. Reste à  préciser que l’hôtel social consiste à habiter dans une chambre d’hôtel où il est impossible de se faire à manger, ce que les familles savent pertinemment, et raison pour laquelle elles refusent de s’y rendre. De plus, il n’y a aucune garantie de prise en charge sur la durée.

Il ne s’agissait donc pas d’une solution durable, mais encore d’une possibilité à court terme pour négocier leur départ, et ne permettant pas aux familles de se projeter dans l’avenir.

Le Conseil Général a donc mis sa menace à exécution. Entre deux priorités, celle d’héberger les familles et celle de récupérer un bien potentiellement lucratif, le Conseil Général a su choisir. L’ensemble des démarches faites pour trouver un toit durable aux familles n’a débouché sur rien, sinon une proposition complètement inadaptée, ce qui semble ne pas émouvoir le moins du monde les responsables du Conseil Général. La procédure d’expulsion a quant à elle été menée rondement et sûrement. Il est finalement prévu que la maison soit vendue.

Le 29 mai à 7h30, un des adolescents apelle son père, parti faire la manche en ville : la police nationale s’est introduite dans la maison et intime à ses habitants de la quitter au plus vite. A 9h, tout le monde est dehors. Des serruriers arrivent pour changer les verrous. Les habitants ont été contraints de laisser la plupart de leurs affaires à l’intérieur et ont pris à la hâte quelques sacs. La police fait emmener leur voiture à la fourrière.

Cette expulsion bafoue tout droit à une vie normale. Survenue à un mois de la fin de l’année scolaire, elle vient briser le processus d’intégration des enfants dans une scolarité « normale« . Elle vient aussi mettre à néant les efforts mis en oeuvre par ces familles pour résister et maintenir une organisation de vie décente pour eux et leurs enfants.

Au cours de cette expulsion locative, la police nationale a distribué des OQT (obligations de quitter le territoire) aux 5 adultes présents, ce document leur imposant de quitter le territoire français dans le délai d’un mois. Après ce délai, ils pourront en être expulsé-e-s par la force. On peut y lire « après lecture et traduction faite par l’interprète« . C’est la première fois que le Conseil Général fait venir un interprète à la maison . Belle mentalité que de s’assurer de la compréhension des gens uniquement quand la loi l’oblige, afin d’éviter l’invalidation de la procédure…

Le procédé n’est pas nouveau : associer expulsion locative et distribution d’OQTF, voilà ce que l’on a connu depuis des années. Force est de constater que si la tête de l’Etat a changé, la manière de réprimer reste toujours la même.

Les détails de cette expulsion semblent prouver que face à des personnes Roms, les autorités publiques s’autorisent ce qu’elles veulent, sans regarder les lois protégeant les individus.

En effet, un coup de fil d’une membre du collectif permet d’apprendre que le « nettoyage » de la maison est prévu dès le lundi 4 juin au matin, contrairement à la loi effective pour toute expulsion locative, qui garantit aux personnes expulsées le droit de récupérer l’intégralité de leurs affaires dans un délai d’un mois. Les familles n’ont bien entendu pas été prévenues.

A 8h du matin ce lundi 4 juin, une énorme benne d’une capacité de plus d’une tonne a été posée devant la maison ; elle s’élève jusqu’à la terrasse du premier étage. Plusieurs hommes en combinaison blanche vont et viennent sur la terrasse qui surplombe la rue et au 2ème étage de la maison. Les familles qui l’habitaient sont dans la rue et regardent la scène d’en bas. Un représentant du Conseil Général leur interdit d’entrer récupérer leurs affaires ; « ce sont les consignes« . Des vigiles, embauchés pour surveiller la maison, sont garants du respect de ces consignes.

Les familles expulsées se sont « rapatriées » sur le campement – le bidonville – situé en contrebas de la Casamaures et au bord de l’autoroute, à quelques centaines de mètres de là. Retour au campement où ils étaient deux ans auparavant. Ils sont dans une cabane de planches et de tôles d’une vingtaine de mètres carrés. Ils ont construit la veille une avancée couverte avec des matériaux de récupération afin de pouvoir stocker à l’abri de la pluie quelques affaires. Il s’agit donc de choisir avec précaution les affaires qu’ils ramèneront au campement, car ils n’ont que peu de place.

Parmi les nettoyeurs et les vigiles, une grande majorité d’hommes maghrébins. Vive les « bons Français« , qui mettent en concurrence les avant-derniers et les derniers immigrés !…

A certains moments, on sent que les hommes en blancs qui lancent du premier ou du deuxième étage (d’une dizaine de mètres) les affaires dans la benne ont du mal à le faire. Beaucoup de matériel en état de marche dont des appareils électro-ménagers sont ainsi détruits ; 2 frigos, 1 four micro-ondes, 1 cuisinière… Les familles le disent bien : il n’y a pas d’électricité en bas, à quoi bon avoir des appareils électriques ? Au lieu de la machine à laver, qui part à la benne, une mère récupère une grande poubelle pour laver le linge. Il faut bien s’adapter aux moyens du bord.

Un habitant de Saint Martin le Vinoux, connu pour ses dérapages verbaux violents à plusieurs reprises envers les habitants du campement, vient manifester son mécontentement de voir des tas d’affaires et de vêtements aux abords du campement…

Après l’avoir écouté, les deux policier-e-s municipaux présent-e-s viennent demander aux personnes roms de bien vouloir « faire attention » à ne rien laisser traîner au campement et de transmettre le message aux autres familles.

Ainsi, ces familles tout juste expulsées, revenues malgré elles au campement depuis moins d’une semaine, se voient-elles exposées de plus à cete violence symbolique si courante, qui est de demander aux gens habitant des bidonvilles de bien vouloir ne pas faire trop « tâche« …exigence d’hygiène non pas tant pour eux – qui requièrent souvent d’avoir un système de ramassage des ordures et le passage du service de dératisation – que pour les riverains.

Si l’amoncellement d’objets sur et aux abords des campements gêne toujours les riverains et les municipalités, personne ne s’offusque qu’on mette en quelques heures à la poubelle la quasi-totalité des affaires de plusieurs familles, et qu’elles se retrouvent ainsi du jour au lendemain spoliées de leurs affaires…

Malgré les tensions suscitées par l’intervention houleuse de ce voisin, et malgré la violence sociale de la situation, les adultes semblent blindés, quand bien même ils lâchent parfois une phrase laissant entendre la souffrance que cette nouvelle expulsion engendre. Le fils aîné, adolescent, n’a pas pu aller au collège ce matin. Dans beaucoup de situations, il reste avec ses parents car l’école lui a permis d’acquérir un très bon niveau de français, et qu’il est le plus à même de traduire les phrases compliquées. Son petit frère se trouvait lui à attendre le bus pour aller au collège au moment où le vidage de la maison commençait. Le soir, en rentrant de l’école, il rejoindra ses parents sur le campement, et pendant ce temps, personne ne semble trop se soucier de savoir quelles fragilités et quelles souffrances on façonne là, lorsqu’on fait vivre de telles situations à des enfants et des adolescents…

[1]    La Patate Chaude est en quelque sorte la « petite soeur » du collectif Solidarité Roms.
[2]    Le Droit à l’Hébergement Opposable est le pendant du Droit Au Logement Opposable (DALO) mais concernant l’hébergement. .
[3]    Système permettant l’accès aux soins aux plus démunis

Projection : « Le bateau en carton »

affiche projection bateau en carton-3 mars 2012Le samedi 3 mars, à 19h, le collectif La Patate Chaude présente : « Le Bateau en carton » un documentaire de José Vieira (en roumain sous-titré français)

Description du film :

A Massy-Palaiseau, en passant près de l’emplacement du bidonville où il vécut avec ses parents alors qu’ils venaient de quitter le Portugal, José Vieira a vu une communauté de Roms qui vivait dans des conditions autrement plus éprouvantes qu’à l’époque. Il s’y est arrêté et y est revenu, pendant plus d’un an, pour filmer le quotidien de ces personnes, enregistrer la parole de ces individus soudés dans la galère. Il les a suivis dans leurs déplacements forcés et même jusqu’en Roumanie pour connaître leurs raisons, leur histoire.

FILM-FRITERIE-DÉBAT

à partir de 19h à la BAF, centre social autogéré, 2 chemin des Alpins (proche du croisement Alliés/Stalingrad)

Entrée libre

FR3 Grenoble du 4 novembre 2011

Reportage commençant par des propos discriminants du maire de La Tronche commune voisine de Grenoble et montrant ensuite la réalité de vie des familles contraintes de se construire des baraques. Ce même maire refuse depuis des années de scolariser les enfants sur sa commune et ne remplit pas ses obligations de dératiser le camp malgré les demandes de dératisation qui lui sont faites. Il n’a pas plus accepté l’installation de containers à ordures, ni l’enlèvement des matériaux brûlés dans l’incendie de mai.
Beaucoup de ces refus sont contraires aux lois qui obligent le maire à scolariser les enfants présents sur sa commune par exemple.
Criminaliser les précaires est son seul but.
La Patate Chaude continuera de dénoncer les agissements de M. H.J. Bertrand-Pougnant.