Contre les politiques de racialisation, reprenons l’initiative !

Nous reproduisons un appel contre les pratiques discriminatoires trouvé sur le site Les mots sont importants, dans lequel nous nous retrouvons entièrement. Il est accompagné d’une pétition.

Fruit d’un travail collectif, cet appel condamne les politiques de racialisation et appelle à une reprise collective de l’initiative, pour mener une campagne nationale contre la banalisation des pratiques discriminatoires touchant les Rroms comme les populations héritières de l’immigration postcoloniale ou de religion musulmane.

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Nous assistons actuellement à une régression idéologique : l’antiracisme se réduit trop souvent à un combat contre le racisme individuel à l’occasion de « dérapages » qui se multiplient effectivement. C’est minimiser la réalité du racisme systémique, c’est-à-dire, au-delà des idéologies racistes, des discriminations au quotidien, mais c’est aussi occulter le rôle du racisme institutionnel : le traitement étatique et municipal des populations rroms venues de Roumanie ou de Bulgarie, pays membres de l’Union européenne, en est l’illustration la plus brutale.

En France, depuis dix ans, des familles rroms ont subi une quinzaine d’expulsions qui les rejettent toujours davantage dans la misère la plus extrême. Les démantèlements à répétition de bidonvilles continuent sous François Hollande comme sous Nicolas Sarkozy, à la demande de municipalités de la majorité gouvernementale d’hier comme de celle d’aujourd’hui. Ce n’est que la partie la plus visible de pratiques non seulement scandaleuses, mais aussi illégales, qui se banalisent : refus de domiciliation au Centre communal d’action sociale (CCAS) ici, entraves à la scolarisation des enfants là, non-ramassage des ordures ménagères ici et là, etc. Il s’agit d’un processus massif de marginalisation, d’exclusion et de stigmatisation d’une population.

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20minutes : « Le dispositif hivernal se met en place »

20minutes logoLes familles accueillies au gymnase du Vieux-Temple doivent être relogées ce lundi

Comme cette famille rom, « arrivée ici le week-end dernier après avoir dormi plusieurs nuits sous la tente à Echirolles », ils étaient encore une cinquantaine, ce dimanche, à s’entasser sur les lits de camp dressés au gymnase du Vieux-Temple. Ouvert il y a huit jours après l’épisode neigeux ayant frappé l’Isère, ce dispositif d’accueil d’urgence, géré par l’Arepi, a été « maintenu par la préfecture dans l’attente de l’application du plan hivernal, explique Pascal Caluori, directeur de l’association. Lundi, toutes les familles seront relogées dans des structures semi-collectives. Il reste quelques cas de personnes isolées, mais sur les 120 personnes du début, la plupart sont hébergées. »

300 places pour 1 000
Le Plan grand froid, déclenché en théorie jeudi dernier, « prévoit 300 places, précise Pascal Caluori. Ça ne couvrira pas tous les besoins mais des solutions sont à l’étude, notamment pour les Roms. » Or, estime Yvon Sellier, du collectif La Patate chaude, « 1 000 personnes sont aujourd’hui à la rue ou dans des squats et 150 appellent le 115. Le dispositif hivernal sera saturé, alors qu’il y a plusieurs milliers de logements vides dans l’agglomération ! » Selon nos informations, seuls deux sites seront opérationnels ce lundi : Domène et Jules-Vallès accueilleront respectivement 48 et 46 personnes. Les autres (30 places supplémentaires à Vallès, une centaine à Verlaine, deux terrains aménagés pour les Roms) ouvriront entre mi-novembre et décembre.

Manuel Pavard

solidarité

Depuis plusieurs jours, environ 70 Roms d’ex-Yougoslavie dormaient sous des tentes dans le quartier des Granges, à Echirolles. Avec l’arrivée de la neige, le 26 octobre, une vingtaine d’habitants se sont mobilisés pour faire ouvrir le centre social Anne-Frank ; ils ont servi des plats chauds, et ont exigé l’ouverture de gymnases.

Libération : « Les Roms, le préfet, le ministre »

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30 août 2012 à 19:06

Par PIERRE MICHELETTI Enseignant à l’IEP de Grenoble, ancien président de Médecins du monde et THIERRY BRIGAUD Président de Médecins du monde

Mercredi 22 août, 10 heures. Une équipe de Médecins du monde (MDM) est à la préfecture du Rhône, conviée à une réunion de concertation. Autour de la table, les autorités préfectorales, des représentants des collectivités locales, des responsables d’associations impliquées dans l’aide aux populations roms. Les mots d’ordre de nos hôtes sont concertation, stratégies pour améliorer les campements et éviter les expulsions.

Jeudi 23 août, 18 heures. Nous recevons un appel téléphonique de la préfecture. Il nous est réaffirmé que les expulsions ne sont pas à l’ordre du jour. Au contraire, MDM est sollicité pour évaluer la situation sanitaire d’un camp, et proposer des mesures d’amélioration des conditions de vie.

Lundi 27 août, 8 heures. Une équipe MDM se rend sur place et commence à rédiger un diagnostic de situation.Mardi 28 août, 7 h 30. Irruption des forces de l’ordre et expulsion de 180 personnes. Lyon, campement Paul-Bert, comme en 2010 ? Non, Lyon, campement de Saint-Priest, en 2012.

A Lyon, pour les Roms, c’est le «changement dans la continuité». Malgré les alternances politiques, ils sont toujours sur la route et dans les cloaques où on les cantonne, avant de les en chasser… pour les protéger de l’insalubrité. CQFD. Summum de la tautologie politique. Tour de passe-passe du préfet ? Concertation à visée anesthésiante des associations pendant que se préparent les expulsions ? Non, car selon nos informations, «les ordres sont venus d’en haut».  A la fois symptôme de faiblesse et signe d’opportunisme politique. Symptôme de faiblesse, car de qui parle-t-on ? D’environ 15 000 personnes en France, soit 0,023% de la population, qui séjournent sur le territoire national ! La France, parmi les premières économies mondiales, n’arrive pas à gérer de façon apaisée le sort de cette minorité infinitésimale ? Opportunisme politique, car on place les autorités régionales devant une injonction paradoxale. Réunir les acteurs, créer les conditions d’une réflexion partagée sur la sécurité et la dignité des personnes dans les campements. Et, en même temps, on utilise cette «poussière de peuple» (0,023%) pour afficher, à peu de frais et sans grand risque politique, une préoccupation sécuritaire cosmétique, qu’on croyait révolue.

Il ne faut pas le nier, il existe une perception négative des Roms dans une large part de l’opinion publique. C’est pourquoi le discours de M. Sarkozy à Grenoble était indigne de la fonction. Il résumait le comportement d’un peuple à des conduites délictueuses, en occultant qu’on le met en situation de développer des stratégies de survie, parfois illégales. On nous vend la nécessité de gérer le «temps long», pour traiter, sur le fond, les questions qui concernent les migrants économiques européens que sont les Roms. Mais on continue à rechercher les dividendes du «temps court», celui qui accompagne les expulsions avec leurs cortèges d’hommes en uniforme et de bulldozers. La stratégie est devenue plus torpide, le discours plus subtil, mais, sur le fond, l’intention politique est la même que celle du gouvernement précédent : utiliser la symbolique de la fermeté à l’égard de quelques centaines de personnes, considérées comme des Européens de seconde zone, pour montrer ses biceps. C’est à se demander si le meilleur service à rendre aux Roms ne serait pas de taire les expulsions, pour rompre le cercle, pas du tout vertueux, expulsions-médiatisation-bénéfice politique !