Suraccident dans un bidonville : suite à un incendie, l’État met les victimes à la rue

Le mardi 29 décembre, un incendie s’est déclaré dans le bidonville situé entre la Bifurk et la MC2 (rue Flaubert), à Grenoble. En urgence, l’État (la préfecture) par le biais de la direction départementale de la cohésion sociale (DDCS) et le centre communal d’action sociale (CCAS) de Grenoble ont ouvert le gymnase Daudet pour les mettre à l’abri. Deux jours plus tard, celui-ci était fermé, et les familles étaient hébergées dans des hôtels. Certaines ne voulaient pas y aller, car elles savaient que ce ne serait que pour quelques nuits. Elles auraient préféré pouvoir retourner sur le bidonville, où les 2/3 des baraques qu’elles avaient construites n’avaient pas brulé. Mais bien que la procédure d’expulsion engagée par le propriétaire, la SLPA Sages (société publique en charge de l’aménagement du territoire grenoblois), n’ait pas abouti, l’accès en a été interdit, et un vigile a été placé à l’entrée pour le surveiller.

Lors du déplacement des familles à l’hôtel, le CCAS s’engageait à les reloger au moins 15 jours. L’État, par contre, ne s’était engagé que pour 4 jours. Ainsi, le 4 janvier, 11 personnes environ ont été sorties sans proposition de relogement de l’hôtel Bel Alpes de Seyssinet-Pariset en violation de la loi sur la continuité de l’hébergement d’urgence. En pleine trêve hivernale, M. Vigezzi, secrétaire général de l’association La Relève, chargée de la gestion de ces places en hôtel financées par la DDCS, a donc sommé les familles de s’en aller. Aucune autre solution ne leur a été proposée.

Ainsi le préfet, qui a pourtant une obligation légale de proposer un hébergement aux personnes à la rue, non content de ne mettre à l’abri que le quart des familles (laissant au CCAS de Grenoble la charge des autres), délègue à une association, puis à des hôteliers, la responsabilité de les remettre à la rue en plein hiver.

Au même moment, 6 adultes et 8 enfants hébergés dans un autre hôtel à Grenoble devaient aussi être remis à la rue. Mais cette fois, les personnes ont décidé de ne pas quitter leurs chambres. Refusant cette décision, elles ont demandé un rendez-vous à M. Vigezzi à 14h cet après midi. Ce dernier est effectivement venu, mais s’en est tenu aux directives des services d’État.

L’hôtelier, ne comprenant pas comment on pouvait remettre ces personnes à la rue, leur a laissé une nuit supplémentaire, non payée par la DDCS, afin qu’elles puissent s’organiser. Les personnes mises à la rue de l’hôtel Bel Alpes ce matin et celles hébergées en hôtel à Grenoble se sont donc donné rendez-vous mardi 5 janvier à 12h devant l’hôtel.

Après discussion, les habitant-es du bidonville ont décidé de retourner dans leurs habitations de fortune, puis de faire une délégation à la DDCS pour dénoncer l’abandon de l’État face à ses obligations d’hébergement et demander des hébergements décents et pérennes.

Au bidonville, en toute logique puisque aucun acte administratif ou juridique ne permettait l’expulsion, le CCAS a  demandé aux vigiles de se retirer et a laissé les personnes se réinstaller, promettant de repasser dans l’après midi et de planifier l’enlèvement des gravats.

A la DDCS, la délégation a été reçue par Madame Dufour, la directrice, qui a réaffirmé que l’État n’avait pas d’argent. Les personnes représentant les habitant-e-s du bidonville se sont exprimées:

  • sur leurs conditions de vie,

  • sur les discriminations envers les Roms,

  • sur leur impossibilité de trouver du travail dans ces conditions,

  • sur la précarité du plan hivernal, déclarant préférer les solutions pérennes et adaptées aux besoins des familles,

  • sur le fait que les hôtels, en plus d’être inadaptés à leurs besoins, devaient coûter bien plus chers au final que des appartements ou des camps de mobile-homes…

Madame Dufour a déclaré que les propositions de la DDCS envers les pouvoirs publics locaux n’avaient pas abouties (le projet de plate forme d’hébergement de la Métro est au point mort). Elle a reproché aux communes de ne pas vouloir mettre autant d’argent que l’État (alors même qu’il s’agit d’une mission de l’État…).

Des familles ont donc à nouveau trouvé refuge dans leurs cabanes, tandis que celles hébergées par le CCAS attendent l’échéance de 15 jours sans savoir ce qui va leur arriver.

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