Expulsion de la maison de Joliot Curie, occupation d’un nouveau terrain – le journal de bord

Jeudi 9 juillet

A 6h, les habitant.e.s du squat situé au 143 boulevard Joliot curie à Fontaine sont surpris.e.s dans leur sommeil. La police nationale et les CRS (20 fourgons au total) assistés par la police municipale sont présents sur les lieux pour les expulser de la maison qu’ils occupaient depuis plus d’un an, et ce sur demande de la mairie, propriétaire du lieu.

La préfecture a installé un chapiteau lui servant de bureau devant le portail pour remettre des OQTF à 30 jours (10 au total) certainement sur la base des diagnostics sociaux réalisés par le CCAS de Fontaine. Plusieurs élus serrent des poignées de mains à celles et ceux qui, parmi les voisin.e.s présent.e.s aux abords, semblent satisfaits de l’expulsion. Certains d’entre eux avaient menacé les habitant.e.s du squat à plusieurs reprises.

Des agents de nettoyage en combinaison de protection individuelle intégrale blanche sont chargés de vider la maison avant démolition.

Sur les 33 personnes – dont 12 enfants – présentes lors de cette expulsion, 2 familles, vont bénéficier de quelques nuits d’hôtel et sont emmenées par des bus affrétés par le CCAS ; une famille, qui devrait intégrer un appartement dans le cadre du dispositif MOUS1, est logée temporairement dans un appartement. 16 adultes et 7 enfants ont été remis à la rue, laissés sur le trottoir avec les affaires qu’ils pouvaient porter et que la police leur ont laissé prendre.

La destruction de la maison a débuté dans la foulée.

Dans l’après-midi, un rendez-vous est donné au local de Roms Action pour constituer les dossiers d’aide juridictionnelle pour faire les recours contre les OQTF.

Dans la soirée, les personnes à la rue accompagnées par des militant.e.s des collectifs RESF SMLV/st Egrève et Fontaine, La Patate chaude et Hébergement/logement venu.e.s les soutenir
tentent de rejoindre discrètement un terrain occupé depuis quelques jours en prévision de l’expulsion.
Ce terrain situé au 4 rue Pierre Courtade, toujours sur la commune de Fontaine appartient à la Métro (via l’EPFL). Les expulsé.e.s souhaitent demeurer sur la commune de Fontaine où leurs enfants sont scolarisés et où ils ont des repères et des liens.

La solidarité s’organise dans l’urgence : tentes, couvertures, nourriture, etc. Quelques habitant.e.s de Fontaine, croisés dans les jours précédents, repassent prendre des nouvelles des familles.

Vendredi 10 juillet

Militant.e.s et voisin.e.s solidaires se relaient toute la journée pour tenir compagnie aux occupant.e.s du terrain. La peur d’une nouvelle expulsion est toujours présente.

Vers 19h30, suite à des passages répétés le long du terrain de la police municipale inquiétant les habitant.e.s, il est décidé de rendre l’occupation/réquisition publique afin notamment de trouver de nouveaux soutiens et de faire valoir les droits des occupant.e.s liés à leur présence depuis plus de 48h. Le maire de Fontaine, JP Trovéro, contacté par téléphone par un membre des collectifs, dit avoir connaissance de l’occupation. N’étant pas propriétaire du lieu, il précise que ce n’est pas à lui de prendre une décision concernant son expulsion. Un message est aussi laissé à la présidente de l’EPFL propriétaire du terrain : C. Garnier.

Vers 20h30, la police municipale et la police nationale viennent constater l’occupation du terrain accompagnées de Mr Abbas, collaborateur du cabinet du Maire de Fontaine. Un policier municipal redouble alors de propos immondes comme : « ah c’est bien, ils font du feu et fument des cigarettes, avec la canicule ça va vite prendre feu et ce sera réglé ». Le représentant de la mairie, sans réagir à ces propos, ajoute: «  on n’a pas envie de jouer au chat et à la souris ». Nous lui rappelons qu’il ne s’agit pas d’un jeu, qu’il s’agit bien de vrais gens à la rue, mais il poursuit :
« s’il faut agir dans l’illégalité la mairie le fera », « Ils sont à la rue ? L’expulsion c’est ce que veulent les fontainois », « si vous prenez chacun deux familles chez vous pendant deux ans, le CCAS de Fontaine s’engage à trouver des solutions »…

Après ce cynique coup de pression recherchant à paniquer les habitant.e.s, la police finit par repartir avec les preuves de la présence des personnes sur le terrain depuis plus de 48h. C. Garnier jointe au téléphone par la suite dit ne pas pouvoir informer les occupant.e.s de sa demande ou non d’expulsion du terrain : « je n’ai pas encore pris ma décision ». Malgré les menaces d’expulsion continuant à planer, les occupant.e.s décident de se maintenir sur place avec des soutiens. Un appel à rassemblement est lancé pour le lendemain matin dès 5h30.

Samedi 11 juillet

L’éventualité d’une expulsion s’éloigne avec les heures qui passent, mais les habitant.e.s restent vigilant.e.s.

Plusieurs textos s’échangent avec C.Garnier au sujet de ses projets concernant l’expulsion du terrain et le sort réservé à ses occupant.e.s :

Texto 1 de C.Garnier : « je continue à travailler sur la réponse. Je comprends bien l’urgence et l’angoisse des personnes concernées mais ce n’est pas facile en plein week end de trouver des alternatives à l’expulsion. Je vous donne des informations très vite ».

Texto 2 de CG : « je peux m’engager à ce qu’il n’y ait pas d’expulsion si d’autres personnes ne s’installent pas sur le site. Ce ne serait viable pour personne de refaire un nouvel Esmonin. Est-ce que le collectif peut garantir quelques jours qu’il n’y aura pas d’autres personnes ? La semaine prochaine on pourra mettre en place des moyens techniques pour limiter la surface disponible ».

Réponses des collectifs :
message 1 : « ces personnes se sont installées depuis plus de 48 h. L’occupation est donc maintenant officielle. Il importe maintenant de leur apporter des moyens de vivre décemment sur ce terrain: eau, poubelles, toilettes, si possible structures pour vivre et dormir. »

message 2 : « Nous avons discuté avec les personnes occupantes. Elles nous disent que sont présentes sur ce terrain les personnes qui vivaient à Joliot Curie.Le CCAS de Fontaine a la liste de ces personnes. Peut il y avoir une rencontre en début de semaine sur le terrain? »

Texto 3 de CG : «  sur la date j’ai des témoignages de policiers municipaux qui indiquent qu’ils n’ont vu personne jeudi. Mais l’essentiel est de limiter à un mini camp car sinon les exploiteurs mafieux vont débarquer. Il faudrait une vigilance militante pour protéger les familles déjà sur place . Sur les moyens d’hygiène on verra la semaine prochaine. »

Réponses des collectifs :

message 3 : « Merci de votre implication. Les personnes du camp pourraient discuter avec vous des conditions que vous souhaitez sur le terrain.. »

message 4 : « Les personnes souhaitent finaliser rapidement les conditions de vie sur le camp, en présence de leurs soutiens. Il serait préférable de prévoir cette rencontre lundi, mardi étant sans doute impossible du fait du 14 juillet. »

Texto 4 de CG : « ce ne sera pas possible rapidement pour moi car je ne suis pas à Grenoble. Il faudra aussi se coordonner avec la ville de fontaine. On pourra en reparler mercredi ».

Réponse des collectifs : « les personnes occupantes ont-elles l’assurance de ne pas être délogées par la police d’ici là? »

Texto 5 de CG :  « oui, mais je vous redemande instamment de veiller à ce qu’il n’y ait pas d’autres familles qui s’installent sinon çà va être très compliqué. Combien sont ils actuellement? »

Dans le même temps, les occupant.e.s entreprennent de nettoyer le terrain qui faisait office de décharge sauvage.

Une réunion est organisée rassemblant les familles et soutiens en vue d’apporter des réponses aux demandes de C.Garnier :

Réponse :  « nous venons de nous réunir avec les personnes occupantes qui arrêtent le nombre des présents à 35 personnes. Nous vous communiquerons les noms et numéros de téléphone de militants avec qui vous pourrez échanger. Les personnes occupantes souhaitent la rencontre avec vous. Ils ont nettoyé aujourd’hui le terrain »

Il est aussi décidé de faire connaître le soutien plus large mis en œuvre par des associations et collectifs afin de s’assurer que le terrain ne sera pas expulsé et que les droits des occupant.e.s seront respectés en attendant des solutions de logement pérennes.

Ils soutiennent les habitant.e.s :

– Grenoble Solidarité où travaille un des occupants : ils proposent d’apporter du matériel (vêtements, couvertures, tentes) dès le lundi suivant,
– Emmaüs : ils attestent avoir été contactés dès le vendredi 10/07 par un membre du collectif pour fournir du matériel et s’engagent à mettre de côté des fournitures de première nécessité listées par les occupant.e.s ;
– la présidente de Roms Action : elle s’engage à contacter C. Garnier et à ce que des salarié.e.s soient présent.e.s lors de la rencontre avec C. Garnier sur le terrain.

Dimanche 12 juillet

L’aménagement du campement se poursuit. Il faut continuer à soutenir les habitant.e.s.

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