Fin de l’hivernal : premier bilan

Banderole contre les expulsions solidarité Jean PainAprès le 1er avril: remises à la rue effectives et déplacement des personnes vers des hébergements précaires et temporaires

A Perce neige, où 18 personnes étaient hébergées, une seule a eu une proposition de ré-hébergement adaptée ; les autres propositions faites obligeaient les personnes à se séparer de leur animal. Les personnes encore présentes au 1er avril ont ainsi été mises à la rue dans la matinée. Il leur a été répété depuis des mois que cela se passerait ainsi, et certain.e.s ont bien intériorisé le fait qu’ils ne pouvaient rien demander de plus. Des hébergé.e.s sont parti.e.s par crainte d’être blacklisté.e.s pour le prochain hivernal s’ils se maintenaient dans les lieux. Le nettoyage des lieux et l’enlèvement du nécessaire a été réalisé en quelques heures.

A la Boussole, la pression de partir était forte jusqu’au bout pour les 4 personnes encore présentes sur les places hivernales. Les hébergés encore présents le matin du 31 ont finalement obtenu d’être relogés au Rondeau

A la Chauve-Souris, lorsque les soutiens sont arrivés au matin du 31 mars, il ne restait que quelques personnes. Il semble qu’il n’y ait guère eu plus de 2 propositions de relogement pour l’ensemble des 7 personnes hébergées cet hiver. Il y a aujourd’hui de manière certaine au moins 2 personnes qui n’ont aucun toit, même très précaire (hébergement chez un proche, squat…).

A Domène, après s’être entendu répéter durant des mois qu’il faudrait partir au 1er avril, les hébergé.e.s ont entendu M. Lenarduzzi leur dire au soir du 31 mars que s’ils n’acceptaient pas la proposition d’hôtel qui allait leur être faite, ils n’auraient plus rien, la maison serait fermée et les fluides coupés. Le lendemain, M. Caluori arriva de bonne heure. Le réveil à 6h30 fut brutal pour ceux qui avaient réussi à dormir. A partir de là, les fenêtres et la porte d’entrée sont restées fermées. Les hébergé.e.s ont reçu l’ordre de ne pas sortir et de ne pas communiquer avec les soutiens. Dans ce huis-clos, M. Caluori a mis en pratique sa psychologie de groupe, martelant qu’ailleurs serait mieux. La gendarmerie, présente selon ses dires pour veiller à la tranquillité sur la voie publique, est rentrée à deux reprises dans la maison. Malgré la force et la solidarité entre les hébergé.e.s, malgré les doutes sur l’ailleurs, la fatigue et la lassitude l’ont emporté ; une première famille a accepté de partir en hôtel (« pour au moins un mois ») et les autres ont suivi. Pas de papiers écrits, pas d’engagement de l’Arepi. Mme Dufourg (directrice de la DDCS de l’Isère) est venue sur place (voir ci-dessous). Les familles sont donc en hébergement temporaire dans des hôtels de l’agglomération. L’avenir reste incertain : un hôtelier dit avoir reçu la consigne d’héberger les personnes jusqu’à la fin de la semaine, les autres parlent d’une durée d’un mois.

A Pont de Claix, le 31 mars, malgré la pression considérable mise par l’équipe de l’Arepi aux hébergé.e.s et aux soutiens (appel de la police, agressions verbales), les hébergé.e.s auraient obtenu un prolongement de 10 jours. Des promesses de relogement n’ont pas été tenues. Les hébergé.e.s s’inquiètent de ce qui leur sera réservé dans 10 jours, si du moins le départ n’est pas avancé, comme le laissent présager certaines menaces de l’hébergeur.

Au Rondeau, où la consigne de la préfecture de partir au 31 mars avait été transmise, via le CCAS, sous la forme d’une attestation de fin de prise en charge, il n’y a pas eu d’expulsion : le CCAS a déclaré qu’il ne ferait pas partir les gens. Mais des informations claires manquent sur la pérennité de l’hébergement pour les personnes en places 115, qui n’ont pour le moment pas de garantie écrite. La préfecture a par ailleurs convoqué plusieurs familles la semaine précédente, leur faisant miroiter de manière mensongère l’obtention d’un titre de séjour si elles obtenaient une promesse d’embauche. Il n’est donc pas exclu que de nouvelles pressions sur le droit au séjour soient tentées contre les hébergé.e.s, au moment précis où commence Amberlight 2015, suite de l’opération policière européenne Mos Maiorum (menée du 13 au 26 octobre 2014), qui dure du 1er au 15 avril.

La Relève expulse quant à elle certains appartements dont elle s’occupe : des hébergé.e.s ont reçu ou reçoivent des sommations de quitter les lieux, certain.e.s se voient couper les fluides. Malgré l’image légaliste que la Relève cherche à se donner, nombre de ses actes sont hors cadre légal et procédural.

Mme Dufourg, directrice de la DDCS (Direction Départementale de la Cohésion Sociale), est venue le 1er avril à Domène. Elle a rappelé que, quand même, 21 millions pour l’année 2014 ce n’était pas rien. Quand il lui a été demandé pourquoi elle n’avait demandé de pérenniser que 60 places hivernales pour l’Isère, elle a répondu qu’elle ne savait pas d’où sortait ce chiffre, qu’elle n’avait jamais demandé ça et qu’il fallait lui faire confiance : elle avait réclamé 400 places. Lorsqu’il a été question de faire remonter cette information à Paris, gênée, elle a soutenu que les choses ne se disaient pas ainsi mais qu’en fait, pour les 60 places, elle avait regardé la situation des hébergé.e.s et que ce nombre correspondait aux plus vulnérables !…

Ce 2 avril, selon les dernières informations transmises par la DDCS au 115 de l’Isère, les places de Pont-de-Claix, Domène (hôtels), le Rondeau et l’Isle d’Abeau hivernal devraient être maintenues jusqu’au 20 avril. Et après ?

Ce début de fermeture des centres d’hébergement hivernaux met en lumière plusieurs faits :

  • La réalité des remises à la rue faites par les hébergeurs, malgré le discours contraire de la ministre du Logement, Sylvia Pinel. Au moins 23 hébergé.e.s de la Chauve-Souris et de Perce-Neige sont aujourd’hui à la rue, sans compter les personnes qui risquent d’être expulsé.e.s par la Relève.
  • Comme les hivers précédents, les informations sont données à la dernière minute. Elles sont parfois contradictoires, souvent incertaines. L’absence d’anticipation, la fragilité de ces informations et la manière autoritaire dont elles sont données à certains endroits permettent de déstabiliser les hébergé.e.s et de les plonger psychologiquement dans la sidération, la résignation ou l’abattement, afin de leur ôter toute possibilité de choix et de les faire obéir.
  • Les méthodes de certaines associations comme l’Arepi sont honteuses : pressions sur les hébergé.e.s, déstabilisation par rapport aux repères essentiels (réveil à 6h30 par exemple), cris, menaces sur la suite du parcours d’hébergement en cas de résistance, appel à la police… M. Caluori et certain.e.s de ses salarié.e.s font de leurs centres d’hébergement des lieux dignes d’être comparés aux systèmes d’enfermement par l’utilisation qu’ils font de leur pouvoir et de la peur des hébergé.e.s.

Nous dénonçons cette loi de la peur qui est érigée à chaque fin de dispositif hivernal comme une vraie méthode pour faire plier les gens et les contraindre à abandonner l’idée de faire valoir leurs droits – notamment à se maintenir dans l’hébergement en l’absence de solution pérenne et adaptée. Cette loi de la peur s’applique également aux salarié.e.s dont beaucoup ont des contrats précaires et se voit interdire toute remise en cause de leur hiérarchie. L’obéissance à la préfecture et les enjeux des hébergeurs priment ainsi sur le droit des personnes hébergé.e.s.

Nous dénonçons les remises à la rue et les transferts vers des hébergements précaires, diffus et à durée variable qui éclatent les solidarités construites entre hébergé.e.s et les rendent plus malléables et isolés face à la toute-puissance que la préfecture et certains hébergeurs s’arrogent.

De nombreuses associations, structures, collectifs, réseaux et personnes en lien avec les hébergé.e.s ont déjà manifesté leur soutien en se rendant sur place, en informant les gens sur leurs droits, en les aidant à constituer des référés pour faire valoir leur droit à l’hébergement, ou par d’autres moyens. Nous appelons à continuer de soutenir les personnes, à maintenir la plus grande vigilance face aux promesses fluctuantes de la préfecture et de certains hébergeurs, ainsi qu’à interpeler ces derniers ou user des moyens à disposition pour faire valoir les droits des personnes et s’interposer face à la pression qu’elles subissent.

Le collectif Hébergement-Logement et le collectif La Patate Chaude, 2 avril 2015

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