Actions contre la fermeture de centres d’hébergement d’urgence du dispositif hivernal

Deux centres d’hébergement de l’agglomération grenobloise devaient fermer à la fin du dispositif d’hébergement hivernal cette année : celui situé à Pont-de-Claix, dans un camp de vacances de bungalows appartenant à EDF, et celui de Domène, qui se trouve dans un bâtiment appartenant à l’État. Les deux étaient gérés par l’association l’Arépi/l’Etape, sous les ordres de la préfecture.

Dès jeudi 27, un rassemblement a eu lieu et une délégation de personnes hébergées, sans abri et d’organisations défendant le droit au logement et à l’hébergement a été reçue en préfecture (lire le compte-rendu).

Rassemblement prefecture 27-03-2014

Lundi 31 mars, c’est le centre de Pont-de-Claix qui devait fermer. Les personnes hébergées n’avaient pas d’autre information que celle de la fermeture du centre, et ne savaient donc pas ce qui allait leur arriver. Ne sachant pas où aller, la plupart avait décidé de refuser de quitter leurs bungalows. Dès le matin, une trentaine de personnes sont venues les soutenir pour les aider à faire respecter leur droit à l’hébergement.

Tout d’abord, il a fallu empêcher des techniciens d’EDF de couper le courant. Face à l’opposition qu’ils rencontraient, ceux-ci ont appelé leur direction et renoncé à leur mission.

Dans le courant de la matinée, environ 25 personnes ont été emmenées pour être ré-hébergées au centre Mimosa (rue Verlaine, à Grenoble). Quant aux autres (plus de 35 personnes), il leur a été demandé de quitter les lieux sans qu’une solution ne leur soit proposée.

Le directeur de l’Arépi a alors voulu fermer les espaces communs, ce à quoi se sont opposées les personnes venues en soutien. Il a donc appelé la gendarmerie, débarquée en nombre (5 voitures). Après quelques négociations et quelques coups de téléphone, les gendarmes ont adopté une position d’observation et d’attente. Le face à face a ainsi duré des heures.

Pendant ce temps, divers soutiens intervenaient auprès du directeur de l’Arépi et du préfet :

– la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS) et la Fondation Abbé Pierre Rhône-Alpes envisageaient toutes deux de soutenir d’éventuelles procédures engagées par les personnes hébergées en cas de remise à la rue en faisant intervenir un huissier pour constater les faits et des avocats avec lesquels elles travaillent.

– la nouvelle majorité municipale grenobloise est également intervenue auprès du préfet et de Cécile Duflot, ministre du logement.

Le matin, le préfet avait accepté de recevoir une délégation d’hébergé-e-s et de membres de la Coordination iséroise de solidarité avec les étrangers migrants (CISEM) à 16h. Puis, peu avant 16h, le préfet a décidé que tout le monde serait ré-hébergé, au moins pour les prochains jours – le temps d’analyser la situation des différentes personnes. Et les personnes ont été conduites rue Verlaine et entassées dans des locaux complètement insalubres, archi-surpeuplés et insuffisamment équipés, dont certaines personnes ont dit que les conditions y sont « pires qu’en prison » ou qu’elles ont comparé à un mouroir… Quelques heures après, certaines personnes sont revenues au camp de Pont-de-Claix pour témoigner de l’indécence des lieux et manifester leur refus d’être hébergées là-bas. Le centre a finalement bien été fermé. On a appris le lendemain que de nombreuses personnes sont reparties à la rue le soir-même, dans l’impossibilité de rester à Verlaine du fait des conditions d’hébergement déplorables.

Mimosa rue Verlaine

Un nouveau rassemblement a eu lieu le 31 mars à 17h devant la préfecture. Un centaine de personnes, hébergées et soutiens de nombreuses organisations, sont à nouveau venues protester contre la fin du dispositif hivernal et de la trêve hivernale, ainsi que les (re)mises à la rue qu’elles entraînent.

A Domène, même topo, les personnes se sont toutes vues proposer Verlaine (où près de 140 personnes se trouvaient déjà pour 60 places prévues lors de l’ouverture du centre). La plupart ont refusé et ont décidé de s’enfermer dans le centre pour éviter d’être remises à la rue. Des personnes sont également venues les soutenir devant le centre. Des représentants/es de divers collectifs militants (la Patate Chaude, Défends-toit, Un toit pour toutes…) et d’associations comme la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) ou la confédération nationale du logement (CNL) étaient présents/es.

Des médias sont venus sur place, notamment France 3, Radio Grésivaudan, Le Dauphiné Libéré et France Bleue Isère, et certains devaient ensuite se rendre au centre de la rue Verlaine. Les différentes pressions sur place et à distance se sont poursuivies : la LDH de Grenoble est intervenue auprès du préfet, ainsi quedes avocats, pour rappeler l’illégalité de toute remise à la rue. Des élus de l’opposition de Domène sont venus devant le centre et ont faxé un rappel à la loi à la préfecture, et le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples) Rhône-Alpes a également témoigné son soutien.

En fin de journée, un ré-hébergement provisoire a finalement été accordé aux personnes qui restaient dans le centre. Certaines ont été prises en charge par l’association la Relève (qui obéit aux ordres de la préfecture), et d’autres ont été hébergées dans des chambres d’hôtel, sans que l’on puisse savoir exactement où ni pour combien de temps.

Mme Dufourg, de la Direction départementale de la cohésion sociale (DDCS), a déclaré qu’une démarche pour la réquisition d’un bâtiment vide était engagée, afin de pouvoir héberger toutes les personnes concernées à moyen terme, et de désengorger le centre Mimosa de la rue Verlaine.

Sans la détermination des personnes hébergées et le soutien, à la fois, des militants sur le terrain et des différentes organisations qui ont exercé des pressions sur la préfecture et l’Arépi, il est clair qu’une soixantaine de personnes auraient été purement et simplement remises à la rue.

A l’heure qu’il est (vendredi 4 avril au matin), et alors que les ré-hébergements temporaires doivent prendre fin aujourd’hui, aucune solution ne semble avoir été trouvée. Ce matin à 10 heures, des personnes hébergées et les organisations et individus solidaires se rendront à la mairie de Grenoble pour demander à la nouvelle équipe municipale de faire pression sur la préfecture et la DDCS pour qu’un bâtiment soit mis à disposition comme ça a été promis mardi.

 

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