Fin du dispositif d’hébergement hivernal

Comme chaque année, le dispositif d’hébergement hivernal pour personnes sans abri va fermer fin mars. En Isère, de l’aveu même du préfet qui en est responsable, environ 360 places devraient ainsi être supprimées fin mars. Depuis quelque temps déjà, les associations en charge de l’hébergement hivernal font pression sur les personnes qu’elles accueillent pour qu’elles quittent leurs hébergements, alors que la majorité ne se voit offrir aucune solution et n’a donc pas où aller. Des personnes ont déjà été remises à la rue à coups de chantage, de menaces et d’autres procédés peu reluisants. Les premières victimes en sont les migrant-e-s et les personnes sans papiers, en raison de leur situation précaire et du fait qu’elles n’ont souvent pas accès à de nombreux droits, dont le travail et le logement social.

Manifestation 5juillet 2013

Jeudi 27 mars, la CISEM (coordination iséroise de solidarité avec les étrangers migrants), en lien avec des personnes hébergées, a organisé un rassemblement devant la préfecture. Étaient présents, entre autres, des membres de : RESF, LDH, CIIP, NPA, Alternatifs, CSRA, Apardap, Patate chaude, mais aussi la CNL (confédération nationale du logement), le PCF et le collectif Défends-toit. Le lien a été fait entre les expulsions des centres d’hébergement et les expulsions locatives qui redémarrent la semaine prochaine.

Une délégation composée de 2 personnes hébergées dans des centres, une personne sans domicile, un représentant de la CNL et deux de la CISEM a été reçue en préfecture. Le préfet a déclaré qu’il était tenu à un devoir de réserve en période électorale, et ne pouvait donc de recevoir de délégation. C’est donc la directrice de son cabinet qui l’a reçue. Elle se contentera de répercuter les demandes au préfet.

Rassemblement prefecture 27-03-2014

Rassemblement devant la préfecture le 27 mars

En attendant, la fermeture complète de deux centres gérés par l’AREPI pour le compte de la préfecture est annoncée pour les prochains jours, jetant à la rue environ 110 personnes, dont beaucoup d’enfants scolarisés.

Non seulement c’est inhumain, mais c’est aussi illégal à plus d’un titre (voir ci-dessous), ne serait-ce qu’au regard du Code de l’action sociale et des familles. Et ni les circulaires dont se fend régulièrement le ministre de l’intérieur pour prendre les lois à contre-pied, ni la fin de la période hivernale, ne peuvent contourner les dispositions légales. Pourtant, c’est ce que l’État se prépare à faire, avançant le manque de crédits qu’il a lui-même décidé.

Un nouveau rassemblement est appelé par la CISEM lundi 31 mars à 17 heures place de Verdun pour interpeller le préfet sur cette situation et lui exprimer notre refus des remises à la rue.

 

Patate chaude en colère


Deux textes écrits par la Patate Chaude pour :
– rappeler aux directions et personnels des centres les lois relatives à l’hébergement,
– expliquer leurs droits aux personnes hébergées (traduit en roumain, serbe et arabe).

Courrier aux directions et salariés mars 2014

Courrier aux hébergés mars 2014

Courrier aux hébergés mars 2014 en roumain

Courrier aux hébergés mars 2014 en serbe (latin)

Courrier aux hébergés mars 2014 en arabe – page 1

Courrier aux hébergés mars 2014 en arabe – page 2

Courrier aux hébergés mars 2014 en anglais

2 réflexions sur “Fin du dispositif d’hébergement hivernal

  1. Tout d’abord bonjour !
    Je cherche à donner quelques infos complémentaires sur les agissements de la « patate chaude » qui est intervenue à Domène mardi 1er avril, le jour de la fermeture du foyer d’hébergement. J’ai étais témoin des méthodes utilisées par les manifestants de la Patate Chaude et j’ai aussi récupéré quelques témoignages de la part des travailleurs sociaux de la structure. En effet durant toute la journée (qui dura de 7 à 19h) les travailleurs sociaux ont du subir les invectives, les injures (« collabo », « faux cul »… et j’en passe) et les huées de ce groupe de militants sans doute bien intentionnés. Je rappelle pour ceux qui l’ignoreraient que le boulot des travailleurs sociaux dans ce type de structure d’hébergement d’urgence est d’accompagner les familles dans des moments particulièrement dur à vivre, comme par exemple la fermeture du foyer. Il est bon ton de rappeler aussi, aux ignorants, que la décision de fermeture ainsi que les orientations par la suite sont du ressort du préfet. De plus, il ne faudrait pas oublier non plus que la fermeture du foyer était prévue de longue date (un dispositif hivernal étant comme son nom l’indique, opérationnel durant la période hivernale, cette dernière dure de début novembre à la fin mars). Par ailleurs les travailleurs sociaux cherchent des solutions d’hébergement tout au long de l’hiver afin de préparer au mieux la fin du dispositif. Ils se démènent aussi au quotidien pour les aider dans leurs démarches administratives ainsi que pour permettre un vivre ensemble au sein du foyer. Je trouve le comportement de ces militants inutilement et injustement blessant. Je ne peux pas comprendre que la défense d’une juste cause ne pèse sur des travailleurs sociaux qui ont le courage de se consacrer aux sans papiers et sans logis. Des travailleurs sociaux qui par ailleurs ont fait leur boulot correctement pendant cinq mois sans qu’aucune personne de ce collectif ne les interpelle ; jusqu’au jour de la fermeture où ils débarquent en groupe pour les insulter et bafouer un réel investissement professionnel et personnel auprès des demandeurs d’asile. N’oublions pas que les travailleurs sociaux travaillent aussi et combattent au jour le jour pour l’amélioration des conditions de vie des demandeurs d’asiles.

    • Nous vous remercions d’avoir pris la peine de nous laisser un commentaire sur notre blog. Nous allons essayer de répondre point par point aux différents éléments que vous avancez et qui sont sans aucun doute bien réels. Cependant, certaines attitudes que vous imputez à notre Collectif méritent des précisions. De même votre défense des travailleurs sociaux, qui, si elle peut paraître louable est malgré tout largement discutable. Nous pensons que vous avez une vision tronquée des choses, ce qui est bien normal. De même nous ne prétendons pas voir toutes les vérités mais une sacré dose d’expérience et de connaissance.

      Les militants et militantes présents ce jour à Domène n’étaient pas tous et loin de là des membres de la Patate Chaude. Ce préambule n’est pas une pirouette, car vous pourrez compter sur nous pour assumer ce que nous faisons. Ainsi, si nous confirmons avoir participé au barouf devant cette sinistre et illégale remise à la rue, en aucun cas nous n’avons insulté comme vous l’indiquez les personnes qui effectuaient cette basse besogne. Nous n’avons pas pour habitude d’invectiver les personnes et encore moins celles qui en première ligne, comme les travailleurs sociaux qui sont souvent chargées par leurs employeurs, d’effectuer le sale boulot.

      Nous avons toujours eu une approche explicative, politique plutôt qu’une approche frontale que nous jugeons improductive. Cependant, il ne nous est pas possible de répondre de tout ce que dit chaque collectif ou chaque personne venus en soutien. L’amalgame est souvent faite… C’est regrettable, mais c’est comme ça… Vous pouvez ne pas être satisfait-e de la réponse mais c’est pourtant vrai.

      Notre collectif est toute l’année auprès des personnes comme celles qui se sont faites expulsées cette semaine. Auprès d’elles sur les campements, dans certaines affreuses structures d’hébergement… Nous n’avons pas attendu cette mise à la rue pour nous faire connaître. La Patate Chaude comporte également des travailleurs sociaux et nous avons eu l’occasion d’échanger avec certaines et certains qui travaillent dans ces centres. La Patate Chaude n’est pas apparue comme cela le 1er avril à Domène comme vous l’écrivez.

      Nous reprenons ici votre commentaire et y répondons dans la mesure du possible point par point.

      « (…) durant toute la journée (qui dura de 7 à 19h) les travailleurs sociaux ont du subir les invectives, les injures (« collabo », « faux cul »… et j’en passe) et les huées de ce groupe de militants sans doute bien intentionnés. »
      Réponse: Comme nous vous l’écrivions plus haut, nous étions loin d’être les plus nombreux et nous n’assumons pas ces attitudes blessantes improductives.

      « Je rappelle pour ceux qui l’ignoreraient que le boulot des travailleurs sociaux dans ce type de structure d’hébergement d’urgence est d’accompagner les familles dans des moments particulièrement dur à vivre, comme par exemple la fermeture du foyer ».
      Réponse : c’est une interprétation, car les articles 345-2-2 et 345-2-3 du Code de l’Action Sociale et des Familles prévoient que les personnes doivent se voir proposer une solution d’hébergement adaptée et qu’un aucun cas un retour à la rue ne peut être envisagé. En cas de fermeture d’une structure une solution doit être proposée aux personnes concernées. C’est une de nos revendications: que ce droit soit respecté.

      « Il est bon ton de rappeler aussi, aux ignorants, que la décision de fermeture ainsi que les orientations par la suite sont du ressort du préfet. De plus, il ne faudrait pas oublier non plus que la fermeture du foyer était prévue de longue date (un dispositif hivernal étant comme son nom l’indique, opérationnel durant la période hivernale, cette dernière dure de début novembre à la fin mars) ».
      Réponse : Même si l’ancienne Ministre du Logement avait décrété que la gestion des places d’hébergement au « thermomètre » était terminée, force est de constater que vous avez raison. Dans la pratique, dans de très nombreux départements des structures ouvrent en hiver et ferment au printemps. Cependant, cette situation ne peut en aucun cas soustraire le Préfet aux obligations liées aux articles cités ci-dessus. A savoir, proposer une solution adaptée à toutes personnes prises en charge dans le cadre de l’hébergement d’urgence. Que les structures soient permanentes ou temporaires ne change rien à l’affaire.

      « Par ailleurs les travailleurs sociaux cherchent des solutions d’hébergement tout au long de l’hiver afin de préparer au mieux la fin du dispositif ».
      Réponse : Là aussi ce n’est pas vrai. Par exemple les familles accueillies et hébergées à Domène peuvent toutes prétendre à être admises en CHRS (Centre d’hébergement et de Réinsertion Sociale). Or c’est par l’intermédiaire d’un travailleur social qui remplira avec elles un dossier intitulé « Demande unique d’hébergement » que ces familles pourront voir leur demande étudiée par une commission. Or, il est probable qu’aucune des familles n’a été accompagnée dans cette démarche (« il est probable » est une précaution de langage, car nous ne sommes pas certains-es que c’est le cas pour l’ensemble des familles, mais nous sommes prêt-es à y laisser une main sur le billot). De même, les familles auraient pu être épaulées par ces travailleurs sociaux à la mise en œuvre de recours « Droit à l’hébergement opposable » ou « référés-libertés » pour prévenir cette date fatidique, mais là encore rien n’a été fait… Nous vous parlons ici d’opérations qui paraissent techniques mais qui pourtant sont les fondamentaux de l’accès aux droits et de l’action sociale lorsqu’on travaille avec les personnes sans-abri. Par ailleurs, nous savons que depuis l’ouverture des ces places saisonnières des associations comme Médecins du Monde, Le Secours Catholique, ou d’autres, membres de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS) ont alerté régulièrement les services de la Préfecture et les associations gestionnaires de ces centres de la nécessaire anticipation de la fermeture en avril des structures afin de pouvoir « reloger » ou « rehéberger » tout le monde. Nous vous garantissons que ni les services déconcentrés de l’État, ni les associations gestionnaires comme l’AREPI-L’ETAPE ne s’en sont préoccupés.

      « Ils se démènent aussi au quotidien pour les aider dans leurs démarches administratives […] »
      Réponse: Ce n’est pas totalement faux mais loin d’être vrai. Il y a une réelle inégalité dans la prise en charge des ménages selon les travailleurs sociaux et selon les sites. Ce sont encore très souvent quand les familles en ont besoin, ce qui est loin d’être tout le temps le cas, les citoyens militants dans des collectifs comme La Patate Chaude, RESF ou d’autres qui font office d’accompagnateurs-trices dans les démarches. Je vous renvoie à la problématique de la scolarisation des enfants. Rares sont les travailleurs sociaux qui accompagnent les familles dans cette démarche.

      « […] ainsi que pour permettre un vivre ensemble au sein du foyer ».
      Réponse : Nous vous l’accordons. Mais là encore l’inégalité selon les sites est flagrante. Que dire du mutisme des travailleurs sociaux sur les conditions déplorables (euphémisme) d’accueil des personnes dans un centre comme Verlaine ?

      « Je trouve le comportement de ces militants inutilement et injustement blessant. Je ne peux pas comprendre que la défense d’une juste cause ne pèse sur des travailleurs sociaux qui ont le courage de se consacrer aux sans papiers et sans logis.
      Des travailleurs sociaux qui par ailleurs ont fait leur boulot correctement pendant cinq mois sans qu’aucune personne de ce collectif ne les interpelle ; jusqu’au jour de la fermeture où ils débarquent en groupe pour les insulter et bafouer un réel investissement professionnel et personnel auprès des demandeurs d’asile. N’oublions pas que les travailleurs sociaux travaillent aussi et combattent au jour le jour pour l’amélioration des conditions de vie des demandeurs d’asiles ».
      Réponse : Les insultes sont peut-être déplorables, mais nous sommes en désaccord avec votre analyse sur le travail effectué et sur la responsabilité des travailleurs sociaux. Nous sommes persuadés que ces professionnel-les n’ont absolument pas été aidé-es ou accompagné-es par leur direction et nous pensons qu’il y a une hiérarchisation des responsabilités.
      En effet, ces professionnel-les du travail social ne sont pas exempt-es de nombreux reproches. Travailler auprès du public que vous décrivez n’exonère pas d’être critiqué. Et ici, à de multiples endroits, la critique est valable : En accompagnant les personnes à la sortie des structures d’hébergement, que vous le vouliez ou non, ils enfreignent la loi et participent de ce fait à l’exclusion et à la vulnérabilité des personnes qu’ils étaient censé-es protéger et aider. En n’accompagnant pas les personnes à mobiliser leurs droits relatifs au logement ou à l’hébergement, en tolérant l’accueil de personnes dans des structures immondes, ils participent à les fragiliser. En l’occurrence ici, les travailleurs sociaux ont bafoué la loi. Ils ont mis à mal les publics dont ils avaient la charge et ont violé copieusement leur code de déontologie. Et ce, malgré toute la bienveillance, la sollicitude et l’humanité qu’ils ont mis pour le faire, ils ont failli à leur mission. Leur boulot n’était pas de mettre les gens dehors. Si le Préfet l’exige, c’est à lui de le faire. Pas fou, il ne s’y risque pas car il sait que c’est illégal sans une décision de justice. Nous avons informé les travailleurs sociaux de tout ceci. Par des réunions, par des courriers… en vain. Nous vous invitons à lire cet article sur le site de Rue 89 :
      http://rue89.nouvelobs.com/2014/04/03/a-lyon-remise-a-rue-sdf-fait-forceps-251193
      Il montre que d’autres positions étaient envisageables que celles d’exécuteur-trices des basses œuvres.

      Nous vous prions de nous excuser de la longueur de cette réponse. Vous avez pris du temps pour nous écrire et vous avez clairement et diplomatiquement exprimés vos griefs. La moindre des choses étaient de vous faire une réponse a minima du même tonneau.
      Nous restons à votre disposition pour échanger de vive voix avec vous si vous le souhaitez. La correspondance par mail est beaucoup moins sympathique et très coûteuse en temps…
      Dans l’attente nous vous présentons nos sincères salutations.

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