Témoignages de Roms (tract spécial vœux du maire)

Taraf de haïdouks

Ce soir, au Palais des Sports de Grenoble, des musiciens Roms vont donner un concert à l’occasion des vœux du maire. Un esprit de fête va régner.

Il ne doit pas nous faire oublier combien au quotidien la communauté rom est victime de racisme dans les pays européens. Car tous les Roms ne sont pas des célébrités qui jouent de la musique à travers le monde. Depuis les années 90, des personnes roms d’Europe de l’Est fuient les persécutions et migrent, notamment vers la France. Suite au discours de Grenoble de N. Sarkozy en juillet 2010, leur stigmatisation a atteint un paroxysme. La chasse aux Roms a été ouverte, et à Grenoble comme ailleurs, la police a expulsé et harcelé des centaines de personnes.

Le retour du Parti Socialiste au pouvoir en mai dernier n’a pas mis fin aux expulsions– les dernières sur l’agglo datent du mois de décembre – mais on a pu remarquer une légère amélioration des procédures, et un hébergement d’urgence pour l’hiver a été proposé à la plupart des personnes expulsées. Pourtant, derrière ce début d’aide sociale, c’est encore et toujours la répression et le contrôle de ces personnes en grande précarité qui prédominent : opérations policières d’envergure, destruction des biens, tri d’êtres humains, et finalement placement des personnes dans des camps et centres d’hébergement où la surveillance l’emporte malheureusement sur l’aide sociale.

La plupart des Roms vivent toujours en France dans des conditions très précaires. Les médias en parlent beaucoup, peignant souvent un tableau qui les enferme dans des clichés réducteurs. Mais les principaux intéressés n’ont que très rarement l’occasion de s’exprimer sur ce qu’ils vivent et ce qu’ils désirent. Voici donc quelques témoignages de personnes roms vivant dans notre agglomération.

En Macédoine et en Serbie

  • « Il y a des écoles séparées juste pour les Roms. Les profs n’y sont pas bons, et les enfants n’y apprennent rien. Et puis nous n’avons pas d’argent pour habiller nos enfants correctement pour qu’ils aillent à l’école. »

  • « Comme on n’a pas d’éducation ni de formation professionnelle, on ne peut pas trouver de travail. D’ailleurs, même quand on arrive à obtenir un diplôme, c’est difficile de trouver un travail. »

  • « On reçoit très peu d’aides sociales, 20 euros par mois. Dans l’administration, il y a de la corruption. Les aides matérielles sont parfois détournées, du coup on ne les reçoit pas. »

  • « Dans les hôpitaux publics, il faut parfois attendre très longtemps, et dans les cliniques privées, il faut payer plus cher pour être pris tout de suite. Et puis il n’y a pas de structures pour les enfants handicapés. »

  • « La police nous maltraite. On est sans cesse contrôlés dans la rue, parfois elle nous frappe. Si les policiers nous prennent en train de fouiller dans les poubelles, ils nous répriment. Et si quelqu’un s’attaque à nous, elle refuse de nous défendre. Quand on revient de l’étranger, on est arrêtés et interrogés pendant des heures à la frontière. »

  • « Il n’y a pas de Roms aux postes administratifs importants. La langue romani n’est pas acceptée. Même quand on s’adresse au médiateur rom, à Skopje, il faut lui parler en macédonien… Avant les élections, les Roms reçoivent des aides, on nous dit pour qui il faut voter. Mais une fois qu’elles sont passées, plus rien… »

  • « Là-bas, certains d’entre nous ont une petite maison. Mais on préfère tenter notre chance ici, parce que là-bas, notre vie est invivable. »

En Roumanie

  • « On n’a pas de droits en Roumanie. Les Roms subissent la ségrégation et la misère depuis des décennies.« 

  • « En Roumanie, tout est difficile : pour le travail, l’école pour les enfants : ils sont délaissés, stigmatisés, et placés en école pour handicapés, même psychiatriques. »

  • « Parfois, on a une maison en tissu. Et quand il neige… »

  • « Là-bas, personne ne te donne à manger, ou des habits. La mendicité est interdite. On n’a pas de moyens pour vivre. »

Et en France ?

  • « Les gens sont gentils. »

  • « On a honte de dormir sous des tentes, exposés au regard des autres. On n’est pas habitués à ça. On n’a pas où aller se laver. »

  • « Pourquoi est-ce que la Préfecture prend nos demandes d’asile pour ensuite ne pas nous héberger et nous laisser à la rue ? Si on ne voulait pas de nous, pourquoi on ne nous l’a pas dit tout de suite ? »

  • « On est venus ici en espérant trouver une vie meilleure, pas pour souffrir autant que là d’où on vient. »

  • « Depuis que nos enfants sont scolarisés ici dans des bonnes conditions, on voit la différence, on voit que ça leur fait du bien. »

  • « On vit ici, dans un hangar, sans eau, avec des enfants dont certains n’ont que quelques mois. On nous a proposé un hôtel mais on a dû le refuser car on ne pouvait pas y faire à manger. »

  • « Ici, on peut faire les poubelles, et on reçoit de quoi se nourrir. »

  • « Les enfants sont scolarisés dans les même écoles que les enfants français et sont bien considérés. »

  • « Cela fait plusieurs années que nous sommes arrivés en France, espérant trouver dans ce pays une place. On devrait avoir les mêmes droits que tous les autres migrants européens : la libre circulation et installation des personnes. Mais il n’en n’est rien ! On nous chasse de partout, nous obligeant à chaque expulsion à reconstruire un habitat de fortune avec nos familles, dans des conditions indignes de cette Europe. »

Ce qu’on voudrait

« Les gens pensent qu’on est des voleurs mais ce n’est pas vrai. Nous, ce qu’on veut, c’est :

  • avoir un travail,

  • avoir un logement,

  • que nos enfants aillent à l’école.« 

« Nous sommes ouverts au dialogue pour vous expliquer qui nous sommes et aussi pour vous dire que dans les conditions de dénuement et d’insalubrité où nous sommes, il est parfois difficile de vivre selon les critères qui ont cours dans une communauté ayant l’eau, des sanitaires, un ramassage d’ordures… et des ressources – celles du travail, ou les allocations pour celles et ceux qui sont frappés par le chômage. Toutes ces choses qu’on appelle la misère quand on ne les a pas. »

Aux traditionnels vœux du jour de l’an s’ajoute donc la nécessité que la fin du dispositif hivernal ne soit pas synonyme de remise à la rue pour de nombreuses personnes vivant dans la précarité, et que tout le monde, français ou étranger, puisse avoir accès aux droits fondamentaux que sont le logement, le travail, l’éducation ou encore la santé, pour pouvoir mener l’existence qui lui convient.

témoignages recueillis et tract réalisé

par le collectif La Patate Chaude

collectifsoutienroms38@gmail.com

https://collectif16septembre.wordpress.com

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