Comment à Grenoble on fabrique la misère

Patate chaudeL’été avait été chaud pour tous ceux qui dorment dans la rue, dans des cabanes de fortune, des voitures, de vieilles caravanes, des tentes, les gradins d’un stade, ou rien du tout. Sans doute près de 1000 personnes dont la moitié environ de Roms, mais aussi des victimes des expulsions locatives qui tendent à se développer.

Après des mois ou des années d’embargo sur les services de base (eau, électricité, toilettes, ordures ménagères, et jusqu’à la scolarisation des enfants!), plusieurs camps avaient été « démantelés », pour reprendre la terminologie du gouvernement, qui évoque volontairement des réseaux criminels pour faire passer la pilule à l’opinion.

Camp de St Martin d’Hères en juin, camp de la Tronche en juillet, deux squats « mixtes » en août à Grenoble, campements sous tente à St Martin d’Hères et Grenoble en septembre, une intense activité policière dont nous avons rendu compte sur notre blog (*). Activité d’autant plus intense qu’il ne s’agit pas seulement de déloger les habitants à l’aurore, mais de détruire leurs abris, puis de les harceler partout où ils essaient de se poser. Oubliées les promesses de François Hollande : « Pas de démantèlements de camp sans solution d’hébergement ».

D’accompagnement social, point, sauf dans une minorité de cas : demandeurs d’asiles, ou  familles avec enfants en très bas âge.

Vendredi 21 septembre, opération de police dans le parc Paul Mistral – qui jouxte la mairie de Grenoble – pour évacuer une cinquantaine de Serbes et de Macédoniens. Ils y dormaient sous des tribunes en plein air ou sous des tentes igloo. La plupart d’entre eux seront enfin hébergés comme la loi le prévoit pour les demandeurs d’asile. Enfin presque tous, puisqu’une famille au moins a été oubliée, la famille Ajredinovski-Todorova. Pourquoi ? Nous ne le saurons pas.

Cette famille avait déjà fait l’objet d’une attention particulière des services de l’immigration. Au mois de décembre, les parents et les trois enfants, scolarisés, avaient été placés en centre de rétention à Lyon pendant trois semaines. Une importante mobilisation du Réseau éducation sans frontières (RESF) et de la Patate chaude avait contribué à leur libération, mais sans régularisation ni hébergement. En janvier, libérés, ils s’abritent dans une maison inoccupée. Ils en sont chassés en août. Pendant plus d’un mois, ils se retrouvent sans abri dans le parc de la mairie. A la rentrée scolaire malgré tout, les enfants tentent, tant bien que mal, de reprendre leur scolarité…

Mais le vendredi 21, donc, c’est à nouveau l’errance dans la rue, et nous cherchons à les aider. Nous, c’est à dire des militants et l’enseignante de l’un des enfants.

Mardi 25, la journée complète passée au téléphone pour un hébergement, en vain.

Nous interpellons le 115, le Conseil général, le CCAS de Grenoble, le cabinet du maire de Grenoble, l’association d’hébergement la Relève, la Préfecture…

Aucun résultat. La politique de la patate chaude. Une nuit de plus dans l’errance.

Ce même jour, des réfugiés africains tentaient de trouver abri dans un immeuble de la rue Ampère à Grenoble, soutenus en cela par un collectif de militant-e-s et d’associations. Le maire de Grenoble ne leur laissera pas le temps de s’installer et fera immédiatement évacuer l’immeuble, pourtant vide depuis de nombreuses années. Le même maire n’avait pas fait preuve d’une telle réactivité cet hiver pour trouver un abri à ces personnes qui alors dormaient dehors.

Le maire de Fontaine non plus , lui qui a donné son aval à l’expulsion de ces mêmes personnes, sans aucune considération pour leur situation

Une grande sensation de dégoût et de révolte nous envahit.

Va-t-on s’accoutumer à voir se développer cette violence contre les précaires ?

Pour notre part, nous ne cesserons de répliquer aux responsables de cette violence, qui se renvoient la balle dès qu’il s’agit de faire face aux priorités sociales.

Le collectif La patate chaude                          le 27 septembre 2012

 

 

 

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