Une projection dans un bidonville !

21 juin, Grenoble, fête de la Musique. Moment de détente pour la population. En ville, les jeunes s’éclatent, de concerts en soirées, les groupes déambulent, échevelés ou éméchés. Moment culturel institutionnalisé. Il en va autrement pour le quotidien des habitants du bidonville de La Tronche, face au supermarché Décathlon. Plutôt un sentiment de « fin de … », après l’opération policière de recensement-fichage des habitantEs, le 23 mai dernier, avec distribution subséquente d’OQTF annonçant une future expulsion …

Malgré tout, le collectif la Patate chaude et ses amiEs ne lâche pas le morceau. Une séance de cinoche est organisée dans l’urgence. Pour projeter un film documentaire. Montage d’une armature pour l’écran, projecteur, installation de la sono. Les enfants fourmillent pour aider au montage, les adultes nous interpellent, on discute aussi, les échanges se poursuivent. Un goûter a même été improvisé.

Le film c’est le « Le Bateau en carton ». Il nous parle de la condition des Roms roumains en France. Le cinéaste José Vieira a suivi, deux années durant, un groupe de personnes, de bidonville en cabanes de fortune, au gré des expulsions, à commencer par celle de leur campement sous un pont de l’autoroute A10, en périphérie parisienne. De la logique de débrouille à la survie, des espoirs déçus aux êtres désabusés, luttant sans relâche pour vivre, durer, maintenir leur dignité et revendiquer par leur présence leur droit à s’installer en France.

En pleine action : montage de l’écran

En pleine action : montage de l’écran

Miroir de la condition des Roms à Grenoble ? Malgré la pluie intermittente et le sujet qui ne leur offre pas franchement l’évasion qu’ils auraient pu attendre de la projection, la plupart des spectateurs et spectatrices regardent le film jusqu’au bout. A la fin de la projection, l’idée naît conjointement de faire une autre projection sur le camp bientôt. Un habitant évoque le film de Toni Gatlif « Gadjo Dilo ». Il est vrai que le fameux film de Toni Gatlif, connu et apprécié, fait l’unanimité chez les Roms, roumains ou non, chez beaucoup de Français aussi. Il met en scène de façon réaliste la vie d’une communauté à l’écart d’un village, leur sens de la vie collective, leurs rires, leurs peurs, leurs petits mensonges et leurs grands espoirs, leurs souffrances … et les tensions avec leurs voisins roumains. Une prochaine séance pour ce film, qui sait ?

Le vrai visage de l’« identité nationale » : le racisme institutionnalisé

En attendant, ici, ce sont les conflits et les récriminations des voisins avec lesquels il a fallu tenter de composer. Si les voisins immédiats estiment subir des nuisances, les habitants du campement, eux, subissent les actes et les propos racistes d’une partie du voisinage à propos de problèmes engendrés par le désinvestissement des pouvoirs publics. La mairie, la métro, le conseil général n’ont-ils pas des containers, des poubelles (tri des déchets compris) pour le ramassage des ordures, des graviers à épandre pour combler les trous, du produit pour chasser les rats, des travailleurs sociaux, des médecins  et des infirmières, pour informer et donner des soins de base (vaccins, suivi minimal des grossesses) ?  Mais le maire et la préfecture ont d’autres projets : expulsion, criminalisation collective des habitants de ce lieu et négligence de leurs besoins fondamentaux (santé, scolarité, logement, accès au travail, minima sociaux, …). Alors qu’il y a tant de bâtiments vides à Grenoble ! La politique nationaliste prônée par Sarkozy semble bien se poursuivre, voire empirer au vu de l’accélération des récentes mesures répressives à l’égard des Rom, des migrants clandestins et autres précaires ! Déni, ostracisme social, peur et répression.

Malgré tout cela, malgré le climat sécuritaire et répressif, depuis plus d’une année, des voisines ont dépassé peurs et préjugés. Elles ont rencontré les habitants de plusieurs lieux précaires des Roms de La Tronche. Elles ont d’abord vu, elles ont pris conscience des conditions de vie déplorables et plusieurs se sont mobilisées, ont apporté leur aide, sont entrées en dialogue ! Question de choix ? La rencontre concrète entre personnes plutôt que le racisme et le tout sécuritaire.

« … on n’a plus peur de vous ! »

Au-delà des enjeux de cette petite commune grenobloise, quelles peurs de l’étranger faut-il que les autorités réveillent, entretiennent ou mobilisent pour renforcer l’idée, dans la population française et ailleurs en Europe également, que « non, vraiment, ces gens, ces Roms, sont trop différents de nous », … renforcée par la suspicion que les Roms d’Ex-Yougoslavie sont de « faux demandeurs d’asile ». Il y a quelques mois, j’étais à une conférence-débat sur et avec des Tsiganes à Bruxelles. Quand il prit la parole, un militant Manouche répéta pour l’assemblée ces mots qu’il eut, quelques années avant, à un gendarme lors d’un contrôle où on leur cherchait noise, une fois encore. Il lui dit : « nous monsieur, on a changé : on n’a plus peur de vous » …

La projection du "Bateau en Carton"

La projection du « Bateau en Carton »

Des Roms, des migrants des autres continents viennent chercher une vie meilleure et du travail dans nos sociétés européennes vieillissantes qui doivent objectivement renforcer leur main d’œuvre pour les métiers non délocalisables (hôtellerie et restauration, soins à domicile, soins de santé en institutions ainsi que tous les métiers manuels qualifiés mais aussi les travaux durs du bâtiment dont les nationaux ne veulent plus). Des migrants arrivent, avec ou sans qualification, avec ou sans papiers ? – moi j’dis michto ! La « liberté de circuler et de s’installer », principe bardé d’exceptions selon votre statut (papiers, diplômes, …), dans cette Europe faussement ouverte, c’est comme la parole : ça ne se demande pas, ça se prend !

Olivier

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