Pour les familles roms de St Martin le Vinoux, la seule réponse du Conseil Général, c’est l’expulsion sèche

Maison occupée à SMLV« Je suis depuis un certain temps à la maison de Saint Martin le Vinoux et on nous avait promis qu’on ne nous expulserait pas de la maison du Conseil Général, mais un jour les policiers sont venus et ils nous ont jeté dehors.
Les policiers sont entrés dans la maison ; on ne savait pas si on allait pouvoir partir tous ensemble avec les enfants, ou pas. Ils ne nous ont pas laissé le droit de prendre nos vêtements. Nos enfants n’ont pas pu aller à l’école, et ils ont emmené la voiture. » (Mr M., ex-habitant de la maison)

Ce mardi 29 mai , les représentants du Conseil Général de l’Isère, ainsi que 4 ou 5 minibus de la police nationale et un huissier sont venus expulser les familles habitant depuis le mois de novembre 2010 au 10 impasse de la Libération, à Saint Martin le Vinoux.

Cette maison appartenant au Conseil Général avait d’abord été occupée par le collectif Solidarité Roms[1] à partir du 22 octobre 2012, après être restée vide plus d’un an. L’action, soutenue par le collectif Défends-Toit, l’association Droit au Logement (DAL) et le CIIP (Centre d’Information Inter-Peuples), visait à interpeler les pouvoirs publics sur leurs responsabilités quant à la question du logement, et notamment le logement des Roms sur l’agglomération grenobloise. Elle visait aussi à demander l’application de la loi de réquisition, à l’heure où plusieurs milliers de logements étaient vacants sur l’agglomération.

En l’absence de réponses du Conseil Général aux revendications du collectif, 3 familles roms, présentes sur l’agglomération depuis 2007, allant de squats en campements, et dont les démarches pour obtenir un toit traînaient depuis plus d’un an dans les limbes politico-administratives, sont venues y habiter à compter du 8 novembre 2010.

Le Conseil Général a alors mandaté l’association Un Toit Pour Tous afin de trouver une « solution » d’habitat pour que les familles quittent cette maison. Les familles et le collectif les soutenant, avaient en effet posé la condition à Mr ARIAS, élu du Conseil Général, responsable de l’insertion et des familles, qu’elles laisseraient les clés de la maison en échange d’autres clés – manière de rappeler au Conseil Général sa mission d’hébergement des familles.

Les familles, Un Toit Pour Tous, le collectif de la Patate Chaude, tous et toutes ont « joué le jeu » de chercher une solution durable. De nombreuses réunions ont eu lieu à la maison et au Conseil Général. De multiples démarches ont été effectuées afin de remplir les dossiers nécessaires pour accéder à un toit de manière légale. Des dossiers DAHO[2] (Droit A l’Hébergement Opposable) ont été constitués, avec le soutien de Médecins du Monde, de l’APASE (association de prévention spécialisée), de la PASS (permanence d’accès aux soins de santé[3]) et de Roms Action.

Mais ces demandes ont été refusées une première fois, puis une seconde fois en recours, avec des arguments tels que l’absence de suivi par des travailleurs sociaux, alors même que le Conseil Général interdisait aux assistantes sociales d’accompagner ces familles, l’absence de revenus ne pouvant permettre l’accès à un logement !! (un comble pour une demande d’hébergement…). Ces demandes font aujourd’hui l’objet d’un recours contentieux devant le tribunal administratif – le recours consistant à dénoncer les refus à leurs demandes d’hébergement – mais la démarche peut durer plus d’un an…

En parallèle, le Conseil Général a lancé une procédure d’expulsion locative. Le 26 novembre 2010, Mr Vallini donnait son feu vert pour déposer plainte auprès du Procureur de la République contre cette occupation. Le 4 octobre 2011, les familles sont appelées à comparaître devant le tribunal. Le jugement tombe en novembre : le juge est favorable à une explusion immédiate. A compter du 13 décembre 2011, les familles peuvent ainsi à tout moment être mises à la rue.

Le Conseil Général pose néanmoins aux familles le choix suivant : elles doivent accepter de quitter la maison pour l’hôtel social, ou seront remises à la rue. Reste à  préciser que l’hôtel social consiste à habiter dans une chambre d’hôtel où il est impossible de se faire à manger, ce que les familles savent pertinemment, et raison pour laquelle elles refusent de s’y rendre. De plus, il n’y a aucune garantie de prise en charge sur la durée.

Il ne s’agissait donc pas d’une solution durable, mais encore d’une possibilité à court terme pour négocier leur départ, et ne permettant pas aux familles de se projeter dans l’avenir.

Le Conseil Général a donc mis sa menace à exécution. Entre deux priorités, celle d’héberger les familles et celle de récupérer un bien potentiellement lucratif, le Conseil Général a su choisir. L’ensemble des démarches faites pour trouver un toit durable aux familles n’a débouché sur rien, sinon une proposition complètement inadaptée, ce qui semble ne pas émouvoir le moins du monde les responsables du Conseil Général. La procédure d’expulsion a quant à elle été menée rondement et sûrement. Il est finalement prévu que la maison soit vendue.

Le 29 mai à 7h30, un des adolescents apelle son père, parti faire la manche en ville : la police nationale s’est introduite dans la maison et intime à ses habitants de la quitter au plus vite. A 9h, tout le monde est dehors. Des serruriers arrivent pour changer les verrous. Les habitants ont été contraints de laisser la plupart de leurs affaires à l’intérieur et ont pris à la hâte quelques sacs. La police fait emmener leur voiture à la fourrière.

Cette expulsion bafoue tout droit à une vie normale. Survenue à un mois de la fin de l’année scolaire, elle vient briser le processus d’intégration des enfants dans une scolarité « normale« . Elle vient aussi mettre à néant les efforts mis en oeuvre par ces familles pour résister et maintenir une organisation de vie décente pour eux et leurs enfants.

Au cours de cette expulsion locative, la police nationale a distribué des OQT (obligations de quitter le territoire) aux 5 adultes présents, ce document leur imposant de quitter le territoire français dans le délai d’un mois. Après ce délai, ils pourront en être expulsé-e-s par la force. On peut y lire « après lecture et traduction faite par l’interprète« . C’est la première fois que le Conseil Général fait venir un interprète à la maison . Belle mentalité que de s’assurer de la compréhension des gens uniquement quand la loi l’oblige, afin d’éviter l’invalidation de la procédure…

Le procédé n’est pas nouveau : associer expulsion locative et distribution d’OQTF, voilà ce que l’on a connu depuis des années. Force est de constater que si la tête de l’Etat a changé, la manière de réprimer reste toujours la même.

Les détails de cette expulsion semblent prouver que face à des personnes Roms, les autorités publiques s’autorisent ce qu’elles veulent, sans regarder les lois protégeant les individus.

En effet, un coup de fil d’une membre du collectif permet d’apprendre que le « nettoyage » de la maison est prévu dès le lundi 4 juin au matin, contrairement à la loi effective pour toute expulsion locative, qui garantit aux personnes expulsées le droit de récupérer l’intégralité de leurs affaires dans un délai d’un mois. Les familles n’ont bien entendu pas été prévenues.

A 8h du matin ce lundi 4 juin, une énorme benne d’une capacité de plus d’une tonne a été posée devant la maison ; elle s’élève jusqu’à la terrasse du premier étage. Plusieurs hommes en combinaison blanche vont et viennent sur la terrasse qui surplombe la rue et au 2ème étage de la maison. Les familles qui l’habitaient sont dans la rue et regardent la scène d’en bas. Un représentant du Conseil Général leur interdit d’entrer récupérer leurs affaires ; « ce sont les consignes« . Des vigiles, embauchés pour surveiller la maison, sont garants du respect de ces consignes.

Les familles expulsées se sont « rapatriées » sur le campement – le bidonville – situé en contrebas de la Casamaures et au bord de l’autoroute, à quelques centaines de mètres de là. Retour au campement où ils étaient deux ans auparavant. Ils sont dans une cabane de planches et de tôles d’une vingtaine de mètres carrés. Ils ont construit la veille une avancée couverte avec des matériaux de récupération afin de pouvoir stocker à l’abri de la pluie quelques affaires. Il s’agit donc de choisir avec précaution les affaires qu’ils ramèneront au campement, car ils n’ont que peu de place.

Parmi les nettoyeurs et les vigiles, une grande majorité d’hommes maghrébins. Vive les « bons Français« , qui mettent en concurrence les avant-derniers et les derniers immigrés !…

A certains moments, on sent que les hommes en blancs qui lancent du premier ou du deuxième étage (d’une dizaine de mètres) les affaires dans la benne ont du mal à le faire. Beaucoup de matériel en état de marche dont des appareils électro-ménagers sont ainsi détruits ; 2 frigos, 1 four micro-ondes, 1 cuisinière… Les familles le disent bien : il n’y a pas d’électricité en bas, à quoi bon avoir des appareils électriques ? Au lieu de la machine à laver, qui part à la benne, une mère récupère une grande poubelle pour laver le linge. Il faut bien s’adapter aux moyens du bord.

Un habitant de Saint Martin le Vinoux, connu pour ses dérapages verbaux violents à plusieurs reprises envers les habitants du campement, vient manifester son mécontentement de voir des tas d’affaires et de vêtements aux abords du campement…

Après l’avoir écouté, les deux policier-e-s municipaux présent-e-s viennent demander aux personnes roms de bien vouloir « faire attention » à ne rien laisser traîner au campement et de transmettre le message aux autres familles.

Ainsi, ces familles tout juste expulsées, revenues malgré elles au campement depuis moins d’une semaine, se voient-elles exposées de plus à cete violence symbolique si courante, qui est de demander aux gens habitant des bidonvilles de bien vouloir ne pas faire trop « tâche« …exigence d’hygiène non pas tant pour eux – qui requièrent souvent d’avoir un système de ramassage des ordures et le passage du service de dératisation – que pour les riverains.

Si l’amoncellement d’objets sur et aux abords des campements gêne toujours les riverains et les municipalités, personne ne s’offusque qu’on mette en quelques heures à la poubelle la quasi-totalité des affaires de plusieurs familles, et qu’elles se retrouvent ainsi du jour au lendemain spoliées de leurs affaires…

Malgré les tensions suscitées par l’intervention houleuse de ce voisin, et malgré la violence sociale de la situation, les adultes semblent blindés, quand bien même ils lâchent parfois une phrase laissant entendre la souffrance que cette nouvelle expulsion engendre. Le fils aîné, adolescent, n’a pas pu aller au collège ce matin. Dans beaucoup de situations, il reste avec ses parents car l’école lui a permis d’acquérir un très bon niveau de français, et qu’il est le plus à même de traduire les phrases compliquées. Son petit frère se trouvait lui à attendre le bus pour aller au collège au moment où le vidage de la maison commençait. Le soir, en rentrant de l’école, il rejoindra ses parents sur le campement, et pendant ce temps, personne ne semble trop se soucier de savoir quelles fragilités et quelles souffrances on façonne là, lorsqu’on fait vivre de telles situations à des enfants et des adolescents…

[1]    La Patate Chaude est en quelque sorte la « petite soeur » du collectif Solidarité Roms.
[2]    Le Droit à l’Hébergement Opposable est le pendant du Droit Au Logement Opposable (DALO) mais concernant l’hébergement. .
[3]    Système permettant l’accès aux soins aux plus démunis

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