Les Antennes : « Roms, qui sont-ils ? »

Antennes n°22 hiver 212

Roms, qui sont-ils ?
Roms est un mot qui désigne un ensemble de populations ayant en commun une origine indienne et que l’on trouve dans tous les pays d’Europe. C’est aussi leur pauvreté et le fait qu’ils soient pourchassés qui les rapprochent. « Nous ne sommes pas du tout nomades, s’exclame M. DRAGAN. Quand nous nous déplaçons, c’est pour trouver du travail… Mais ce côté nomade nous colle à la peau. Au cinéma, on montre toujours les Roms sous cet aspect folklorique, comme dans le film Gadjo Dilo. Mais ce sont des clichés et cela nous enferme. Ce n’est pas la réalité. Les Roms ne sont pas tous des musiciens… »
Les Roms de Roumanie et de Bulgarie ont la liberté de circuler en Europe et peuvent résider en France pendant trois mois, mais ils n’ont pas le droit de s’installer. Par contre les Roms de Serbie, de Macédoine et du Kosovo ne peuvent venir en Europe que s’ils ont un Visa.

Je veux être cru !
Les gens qui sont à la rue ont peur de témoigner. Ils sont souvent aussi dans une misère telle qu’il est difficile pour eux de s’exprimer sur leur situation. Le Collectif Patate chaude nous a permis de rencontrer un Roms de Macédoine. Pour l’occasion, ils l’ont nommé Monsieur Dragan. Merci à sa traductrice.
« Depuis l’éclatement de l’ex-Yougoslavie, la situation des Roms de l’Europe de l’Est a empiré. Les phénomènes de discrimination sont quotidiens. Si les gens partent, c’est parce qu’ils n’ont pas du tout les mêmes droits que les autres habitants de ces pays. Par exemple, quand on est Rom, c’est très difficile de certifier son identité : si on veut simplement obtenir un extrait de naissance, il manque toujours une pièce, il faut payer, il y a toujours un problème… Pour le travail, c’est pareil. On nous demande nos papiers… On ne nous rappelle jamais… Être Rom, ça se voit sur notre visage. Nous ne sommes pas blancs ! Il y a un racisme quotidien. On nous arrête sans arrêt, on nous demande nos papiers juste pour nous embêter. Quand on va à l’hôpital, on nous dit que tout va bien et on nous donne une aspirine. Pour l’opération, il faut payer et nous n’avons pas d’argent. Avec l’école, nos enfants peuvent aller à l’école, c’est la loi. Mais on les laisse de côté. Ma fille, par exemple, elle a appris beaucoup plus à l’école ici qu’en Serbie, alors qu’elle ne parle pas français. Le vote ? Oui, on a le droit de vote, mais faut-il encore avoir ses papiers d’identité pour voter. Et de toute façon, en Serbie, pour un litre d’huile, on achète votre voix…
Nous sommes partis parce nous étions en danger : j’ai été menacé de mort. La police? Si on l’appelle, elle n’intervient pas. Nous n’avons aucune protection. Je pensais en arrivant en France que j’avais des droits et je ne m’attendais pas du tout à être maltraité comme cela. Mais le pays d’où je viens est considéré comme un pays de liberté. Oui, c’est un pays de liberté… mais pas pour les Roms ! C’est normal que personne ne le sache, parce que nous n’avons jamais de preuve. C’est donc très difficile de prouver quoi que ce soit. Il n’y a aucune trace écrite. J’ai donc reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Je n’ai plus eu droit à l’hébergement d’urgence. Nous avons trouvé refuge dans une maison squattée mais depuis nous avons été expulsés. Aujourd’hui, j’ai déposé un recours. J’attends la réponse. Là-bas, si j’y retourne, juste à la gare, je risque ma vie. Il faut le dire qu’on est persécuté par notre État, qu’on n’est pas protégé.»

Retrouvez le journal gratuit les Antennes en ligne ici.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s