Communiqué de presse du 3 décembre 2011

Expulsion rue Germain le 2 décembre 2011Des faits d’une exceptionnelle gravité se sont produits cette semaine à Grenoble, des faits dont la mesure semble n’avoir, pour l’heure, pas été prise par les pouvoirs publics et qui laissent présager le pire.
A deux reprises, une maison désaffectée à Grenoble rue Germain habitée par une centaine de personnes d’origine rom à été violemment attaquée. Ces personnes originaires d’ex-Yougoslavie (Serbie, Macédoine, Kosovo) sont ou ont été demandeurs d’asile, car, appartenant à la minorité rom, elles étaient discriminées dans leur pays. Dans la nuit du samedi 26 au dimanche 27, des hommes ont tiré des coups de feu sur cette maison en proférant des menaces, en intimant aux habitants de « dégager », et en promettant de revenir. Deux jours plus tard, dans la nuit de lundi à mardi, les mêmes hommes, cagoulés, ont pénétré par effraction dans la maison, brisant à coup de batte de base-ball portes et vitres et menaçant de « gazer » les habitants. Témoignant de la violence de l’attaque, un morceau de batte de base-ball brisée a même été laissé sur place par les agresseurs.

Preuve, s’il en fallait, que le danger ne vient pas des Roms, contrairement à ce que s’est plu à répéter le maire de la Tronche au cours des dernières semaines, en tenant des propos alarmistes stigmatisant les Roms habitant dans sa commune. Car s’il faut bien « craindre le pire », le pire ne vient pas de la prétendue menace que les Roms feraient peser sur la tranquillité publique, mais des menaces de mort bien réelles et des agressions violentes dont ils sont la cible, en plus de la précarité extrême dans laquelle ils sont relégués et du déni de droits auxquels ils sont quotidiennement confrontés. Certains élus préfèrent en effet se mettre dans l’illégalité plutôt que d’assurer, comme le leur prescrit l’article premier de notre Constitution, l’égalité de traitement de tous leurs administrés. Le maire de la Tronche, en plus de tenir des discours stigmatisant les Roms, refuse par exemple obstinément la scolarisation dans sa commune des enfants roms, et se soustrait à son obligation de dératiser le campement installé sur sa commune. Ce qui ne l’empêche pas ensuite de pointer du doigt l’insalubrité du campement… dont il est l’un des artisans.

Ce ne sont pas les Roms qui constituent une menace, mais ceux qui, décomplexés par les propos racistes et xénophobes récurrents de certains de nos acteurs politiques, à l’échelle nationale comme à l’échelle locale, se permettent désormais de mettre en acte leur idéologie haineuse, au mépris de la vie humaine.

Rappelons qu’à Paris, le 24 octobre, des jets de cocktails Molotov ont déclenché un incendie faisant un mort dans un hangar habité par des Roms, rue des Pyrénées.

Vendredi 2 décembre, c’est la violence de l’État français qui s’est exercée à l’encontre des personnes habitant rue Germain. Suite à un feu de cheminée rapidement circonscrit par les pompiers, la centaine de personnes réfugiée dans cette maison et ses annexes n’a pas été autorisée à réintégrer leur abri. Celles-ci ont été interpellées et conduites à l’Hôtel de Police pour opérer des relevés d’identité et un tri entre ceux qui seront emmenés pour être expulsés et les autres relâchés sans hébergement ni même le droit de récupérer leur affaires restées dans la maison. Pendant leurs interrogatoires, une société murait la maison et des vigiles secondés par la Police Nationale armée de mitraillettes bien visibles défendaient tout accès à ces hommes, femmes et enfants souvent en bas âge venus seulement reprendre leurs biens pour chercher refuge ailleurs. Pourtant le tribunal avait reconnu à ces personnes le droit de séjourner dans cette maison plus d’un mois encore et, d’autre part, c’est l’État qui doit légalement héberger les nombreuses personnes demandeuses d’asile en l’attente d’une décision de sa part. Au lieu de cela, le Préfet ose déclarer aujourd’hui que ces personnes “n’entrent pas dans le cadre du dispositif hivernal”. Il y aurait donc pour lui plusieurs catégories d’êtres humains, alors que l’hébergement de personnes à la rue est un droit inconditionnel. Par la suite, la police les a pourchassés dans l’agglomération, les délogeant de deux abris successifs, l’un en pleine nuit malgré la présence d’enfants. Elle allait même jusqu’à faire usage de bombes lacrymogènes pour les déloger d’un abri précaire, en contradiction avec les règlements qui interdisent d’en faire usage dans un lieu clos..

L’État français et son Préfet ont une nouvelle fois mis en pratique l’odieux “discours de Grenoble” en violant la loi et en commettant des actes racistes et xénophobes envers ces personnes venues chercher asile en France.

Le collectif La Patate Chaude continuera son combat avec les personnes d’origine rom discriminées pour faire respecter les droits pour tous.

Mail : collectifsoutienroms38@gmail.com

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4 réflexions sur “Communiqué de presse du 3 décembre 2011

  1. Je ne comprends pas et je peux vous dire que je suis écœurée par vos propos. Peut-être même ne laisserez vous pas mon commentaire s’afficher, mais au moins vous aurez eu mon sentiment.
    Je suis voisine et j’entends le bazar, les disputes et il est certain que les Roms se battent entre eux (preuve en est jeudi dernier…ils se battaient pour savoir qui auraient droit d’investir la maison de la rue Mallifaud). Par contre, je n’ai pas entendu les vitres cassées dont vous parlez, ni les coups de feu. De la propagande? Je ne crois pas, alors quoi? Vous laisseriez vous abuser par vos protégés?
    Vendredi dernier, une énième intervention des pompiers pour départ de feu dans la maison, a cause de systèmes de chauffage précaires, a mis en avant le fait que la charpente se consumait et que le logement contenait de l’ordre de 30 bouteilles de gaz!
    La mairie a alors tranché et choisi de faire évacuer (et non d’expulser) les Roms pour leur propre sécurité, la maison étant devenue trop dangereuse. C’est alors que l’on a entendu les vitres brisées, afin de permettre aux portes et fenêtres d’être murés et ainsi de garantir la sécurité de chacun.
    Je comprends que vivre dans la rue n’est pas une solution, mais vivre dans une maison dont le toit risque de vous tomber sur la tête ou de mourir par intoxication au dioxyde de carbone n’en est pas une meilleure!

    • Vous nous faites part de votre sentiment, nous vous faisons part des faits.

      Vous n’avez pas entendu les vitres cassées, ni les coups de feu (à deux heures du matin samedi et lundi de la semaine dernière). Une plainte a été déposée, des photos ont été prises des vitres brisées ainsi que d’un impact de balle les jours suivants les deux agressions. Nous les tenons à votre disposition et nous allons les publier ici-même.

      Vous nous soupçonnez de nous laisser « abuser par nos protégés » (plutôt que de propagande, à laquelle vous ne croyez pas, mais que vous mentionnez tout de même – mais de propagande pour qui, pour quoi ? Nous ne sommes pas un parti politique, nous ne briguons aucun mandat, nous n’avons aucun intérêt à notre action autre que la lutte contre l’injustice, la discrimination et les idées nauséabondes). Nous n’avons pas la même conception de l’humain. Les personnes qui habitaient cette maison ne sont pas nos protégés, mais nos égaux, comme tout un chacun, réduits à une misère extrême par les autorités en place qui les laisse sans défense. Nous essayons de les soutenir, avec nos faibles moyens.

      Vous dites que vous comprenez que vivre dans la rue n’est pas une solution, et que la mairie avisée a préféré évacuer ces personnes pour leur sécurité. Aucune des personnes habitant dans cette maison ne pensait qu’y vivre était une solution. C’était pourtant, en dépit des risques, la seule qu’ils avaient. Chaque jour ils demandaient aux services municipaux, préfectoraux un logement auquel en tant que demandeurs d’asiles ils avaient droit. Refus systématique des autorités en place de faire le moindre geste, malgré la dangerosité qu’ils connaissaient, que vous signalez, que tous les habitants de la maison vivaient et à laquelle pourtant ils devaient se faire, faute de solution. Ces mêmes autorités qui se sont empressées de faire appel aux services de police pour expulser ces personnes de leur logement, ont aussi fermé les yeux sur le fait que les habitants ont été emmenés en fourgon au commissariat, et pour certains en centre de rétention administrative. Chassés de leur logis, mis à la rue, avec pour seuls biens leurs valises, sans aucune solution d’hébergement proposé, avec des enfants en bas-âges, des femmes enceintes, des malades, des personnes âgés – et criminalisés par la police qui pour se faciliter la tâche leur promettait un logement. Ils sont maintenant dehors, sous la pluie, dans le froid, à la merci des lois de la rue, des agressions qui font la vie de la rue. Voici pour leur sécurité et la conception qu’en ont la mairie, la préfecture et autres institutions dont vous louez l’action.

      Une dernière chose madame. Vous mentionnez les bagarres pour savoir qui rentrerait dans la maison rue Mallifaud (soyez soulagée – expulsée ce matin même, avec ses 40 habitants, en plein hiver – qui préféraient toutefois cette promiscuité invivable à la rue dans laquelle ils se retrouvent grâce à la mairie, à la préfecture). Derrière la protection des murs de votre logis, vous semblez vous en indigner. Nous n’avons pas la même conception de l’humain, et ne jugeons pas selon une quelconque morale les extrémités de la survie, laquelle nous ne connaissons pas. Nous savons par contre que, faute d’autre solution, « les pauvres, pour survivre, se volent entre eux ». »

      Le collectif

  2. Pas de preuves visuelles à soumettre mais les cernes bien réelles et l’angoisse chaque matin d’un de mes élèves qui vivait là-bas, accueillis par l’école française certes mais celle de Grenoble 2, pas celle de la Tronche. Un élève obligé de venir à pieds tous les matins, sans vêtement chaud ni petit déjeuner dans le ventre, obligé de subir les moqueries dues à ses odeurs (ben oui, pas de douche dans les squats) mais présent quand même pour apprendre le français et tenter de se donner une chance de vivre. Parce que c’est bien son combat à 8 ans, vivre!

  3. Pingback: Le blog de Gilles Kuntz » Le racisme en actes

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