Hébergement des demandeurs d’asile, évacuation du campement de Stalingrad… et victimes corollaires

Le 15 février dernier, nous avons appelé des associations et médias à venir constater la situation dramatique de demandeurs/euses d’asile (DA) qui dormaient devant la gare de Grenoble (voir l’article). Depuis, nous n’avons eu de cesse de demander au préfet de l’Isère qu’ils/elles soient hébergé/es, c’est à dire la simple application de la loi (voir notre lettre ouverte au préfet, ainsi que les articles suivants : 1, 2 et 3). Finalement, une Nuit solidaire de protestation a eu lieu le 30 mars, au cours de laquelle la pression et la répression sont encore montées d’un cran (voir l’appel et notre réaction).

Campement rue de Stalingrad en mars 2011Et finalement, en avril, le préfet a ordonné que tous/tes les DA de Stalingrad soient hébergé/es comme il se doit. Difficile de dire avec certitude ce qui a motivé ce revirement. Plusieurs choses ont pu peser dans la balance : le fait que nous ayons averti les médias, qui ont réalisé plusieurs reportages qui pointaient les manquements de la préfecture ; les référés hébergements réalisés par des avocates conjointement avec l’ADA (association d’accueil des demandeurs d’asile), suite auxquels la préfecture était le plus souvent condamnée à verser une indemnité de 100 euros par jour à chaque DA non logé/e : l’organisation (par nos soins) de rencontres avec les voisins pour leur expliquer la situation et les encourager à se solidariser avec les gens du campement ; la Nuit solidaire organisée conjointement avec la coordination iséroise de soutien aux sans papiers et une vingtaine d’autres organisations ; le passage prévu de la manifestation du 28 mai contre le racisme par le campement ; et probablement aussi la crainte du préfet de voir les associations humanitaires d’Alerte 38 entrer à leur tour dans la contestation, comme le démontre le fait que les deux seules fois qu’il les a reçues en préfecture (alors qu’elles le lui demandaient depuis des mois) c’est lorsque des nuits solidaires ont été organisées. Quoi qu’il en soit, l’histoire de cette mobilisation et la victoire partielle obtenue prouvent que la lutte peut être payante.

Le CCAS de Grenoble et les associations la Relève et l’ADATE ont été chargés de s’occuper de l’hébergement des DA du campement. Tout n’a pas été parfait pour autant. Après avoir annoncé à tout le monde qu’ils seraient logés dans la semaine, ils ont emmené les familles les unes après les autres, repoussant chaque jour l’échéance pour celles qui restaient, les poussant à bout moralement. Certaines familles ont passé toute une semaine assises sur le campement, n’osant pas le quitter au cas où on viendrait les chercher juste à ce moment. Et il est arrivé plusieurs fois que certains voient partir d’autres familles avant eux, alors qu’on leur avait promis d’être logés avant, et sans qu’il y ait de raison évidente à cela (présence plus longue, enfants en bas âge, référés hébergement gagnés…)

Stalingrad : cabanes avant leur démolitionOn peut comprendre que la gestion de l’hébergement d’une vingtaine de familles en quelques semaines n’aille pas sans difficultés, et il semblerait qu’il y ait une question de critères de sélection de la préfecture. Mais derrière ces traitements moraux infligés aux DA, il y a aussi une conception de la façon de faire du social, ainsi que de l’exercice de la politique. Jamais le CCAS n’explique ce qui se passe aux personnes, n’essaie de comprendre ce qu’elles ressentent, ne travaille avec elles. A observer son action, on a l’impression d’assister à de la gestion d’êtres humains, avec peut-être plus d’égards que pour du bétail du point de vue physique, mais guère plus du point de vue moral. Parce que ces personnes sont en difficulté, tout se passe comme si elles n’avaient pas de volonté et qu’il fallait « faire leur bien malgré elles ». Cette attitude est d’ailleurs le reflet de celle de la plupart de nos dirigeants, dont les beaux discours politiciens sur la « démocratie participative » ne font que masquer le peu de souci qu’ils ont des attentes réelles de leurs « administrés ».

Quoi qu’il en soit, environ un mois après, le vendredi 6 mai, tous les DA du campement de Stalingrad avaient été hébergé/es, à l’exception de deux familles auxquelles il a été dit qu’une solution serait trouvée plus tard. Il restait également une famille érythréenne arrivée sur le campement récemment, qui aurait été prise en charge par le Secours Catholique, ainsi qu’une famille algérienne, non prise en charge.

Stalingrad cabanes de roms roumainsEt puis, un peu plus loin sur le même terrain, il y avait des Roms roumains qui avaient construit des cabanes. Il ne s’agissait bien entendu pas de demandeurs/euses d’asile, puisque la Roumanie fait partie de l’Union européenne et qu’il est donc hors de question que la France accepte des demandes d’asile de ressortissants de ce pays. Cette famille s’était installée là car elle avait été chassée, ces derniers mois, de plusieurs autres lieux, dont le camp du Rondeau. D’après eux, quelqu’un de la mairie de Grenoble leur aurait dit qu’ils pouvaient rester sur ce terrain vague, car aucun projet de travaux n’y serait réalisé avant 2013.

Pourtant, le vendredi 6 mai, lors de l’évacuation finale du campement de DA, une escouade de policiers et d’employés de la mairie de Grenoble sont venus les déloger et détruire leurs cabanes sous leurs yeux. Des personnes de la Bifurk, située juste à côté, ayant assisté à la scène, leur sont venu/es en aide et ont interrogé le personnel de la mairie présent sur place, dont le directeur général adjoint en charge de la solidarité, qui leur a assuré qu’une solution serait trouvée dès le lundi suivant. En attendant, des membres de la Bifurk, du squat Minitubes et de la Patate Chaude ont organisé conjointement la solidarité pour que la famille passe le week-end dans les meilleures conditions possibles. Mais dimanche matin, avant que nous n’arrivions, la police nationale, estimant sans doute que ces Roms bénéficiaient d’un trop grand confort, est venue les asperger de gaz lacrymogène et enlever leurs matelas et couvertures pour les jeter à la déchetterie. « On ne peut quand même pas accueillir toute la misère du monde ».

Stalingrad: emplacement des cabanes aprés démolitionLundi 9, donc, nous avons appelé les médias pour qu’ils viennent constater la situation et avons attendu avec la famille la venue des services salvateurs de la mairie. Mais les heures ont passé sans que nous ne voyions rien venir. Joint au téléphone, le directeur général adjoint en charge de la solidarité nous a dit qu’il « essaierait de passer ». Malheureusement, il n’y est pas parvenu. En revanche, les journalistes de FR3 qui sont venus ont fait des images et des interviews afin de les passer au journal du soir.

Rebelote le lendemain, où, au téléphone encore, le même nous déclarait qu’il « essaierait d’envoyer quelqu’un ». En vain, hélas, et pourtant, nous sommes bien persuadés que ce n’est pas faute d’avoir essayé… Finalement, c’est par le biais d’Olivier Noblecourt que nous apprendrons qu’il est hors de question que la mairie ou le CCAS fassent quoi que ce soit pour cette famille, car il y aurait déjà eu des problèmes avec eux dans le passé alors qu’ils étaient logés à Saint-Martin d’Hères… Nous étant un peu renseignés, il s’avère que rien ne prouve que ces allégations soient vraies : en fait, une maison dans laquelle la famille a habité aurait été dégradée, mais il semblerait que ce soit arrivé après qu’ils aient quitté les lieux. Tandis que la mairie de Grenoble dore son image avec quelques projets estampillés « sociaux », elle met et laisse ouvertement des familles à la rue. Quant au reportage de FR3, un prompt coup de téléphone du CCAS aura suffit à ce qu’il ne passe jamais sur la chaîne…

Heureusement, la famille n’a pas attendu les autorités publiques et a trouvé toute seule une petite maison aimablement mise à leur disposition… par un propriétaire décédé.

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