Le déplacement des demandeurs d’asile de la rue de Stalingrad, un cache-misère électoraliste ?

Campement rue de Stalingrad avant déplacement

Campement rue de Stalingrad avant déplacement

Mercredi 16 mars, 18h30, il pleuviote sur le campement, rue de Stalingrad. Des camionnettes blanches surmontées de panneaux de chantier sont sur le terrain. La plupart des tentes ont disparu, laissant de grands emplacements vert clair sur la pelouse. Des demandeurs d’asile vont et viennent entre les camionnettes, récupérant leurs dernières affaires ; des habits sont épars sur la pelouse, d’autres sèchent sur deux cordes à linge restées suspendues entre des arbres, et au milieu, une petite fille traîne d’une main sa tente derrière elle. Nous demandons à un homme du campement ce qui se passe, il n’en sait rien.

Plus loin, le directeur de cabinet du maire discute avec des voisins. Il nous explique que la mairie déplace simplement le campement de 300 mètres, et que ses occupants étaient volontaires. Il ajoute que c’est pour leur confort, car il y a un point d’eau à cet endroit, ce qui permettra d’y installer des sanitaires. Et puis, des voisins se sont plaint : la fumée des feux de camp entre dans leurs appartements, situés à 100-200 mètres de là, et il y a du bruit la nuit. « Il est tout de même normal que les gens puissent jouir de leurs biens tranquillement ! » nous affirme Olivier Noblecourt, chargé de l’action sociale à la ville de Grenoble, et vice-président du CCAS.

 

Déplacement du campement le 16 mars 2011

Déplacement le 16 mars 2011

Nous croisons des gens du campement. L’un d’eux se plaint du fait que vingt jours après leur installation, on leur fasse à nouveau déplacer leurs tentes pour les mettre à l’emplacement qu’ils utilisaient jusque-là comme toilettes. Lui-même est assez âgé, et à cet endroit où il y a bien moins de lumière, il doute qu’il arrive à y voir assez clair pour se lever la nuit. Un autre homme nous dit qu’on les a menacés de faire venir la police s’ils ne déplaçaient pas leurs tentes. Propos que dément l’adjointe d’Olivier Noblecourt, qui nous assure avoir demandé leur avis aux demandeurs d’asile la veille avec l’aide d’un traducteur. Pourtant, de plus en plus de personnes manifestent leur colère et leur incompréhension. « Scheisse ! » répète en allemand une femme. « C’est la merde ! »

Et pour cause : les gens ont été déplacés en direction de la Bifurk, hors de la vue des passants de la rue de Stalingrad, à l’endroit où le terrain se rétrécit, coincé entre la piste cyclable et une butte de terre. Ici, il n’y a pas d’herbe, et les tentes baignent dans la boue. Ceux qui ont des palettes les installent en dessous pour éviter les inondations en cas de pluie. L’endroit est bien moins éclairé que l’emplacement précédent, puisqu’il n’y a de réverbères que sur un côté, masqués par des arbres, et manque de bol, le réverbère le plus proche ne marche pas. Enfin, question points d’eau, nous constatons qu’il y en avait un tout proche de l’ancien emplacement. Quand on enlève les arguments-toc, il ne reste plus guère que la fameuse « tranquillité publique » pour expliquer finalement ce déménagement.

Terrain vague boueux loin des regards

Terrain vague boueux loin des regards

Nous continuons de discuter avec les familles, dont la colère monte. Mais les élus et les techniciens de la ville sont bien trop occupés pour s’arrêter et les écouter plus d’une minute : nous les voyons se livrer à un véritable ballet entre les tentes, distribuant de ci de là du pain, de l’eau, du lait. Bernard Kouchner, avec son sac de riz à l’épaule, aurait fait pâle figure à côté de cette escadrille humanitaire. Le directeur général adjoint, responsable du département Solidarité à la ville de Grenoble, nous dit même qu’ils vont acheter quelques tentes et faire mettre du gravier pour stabiliser le terrain. Ils semblent vraiment prêts à tout pour faire passer la pilule !

Car au final, ce ne sont certainement pas les attentes des demandeurs d’asile qui ont été satisfaites dans cette histoire, mais bien plutôt celles de certains voisins qui, même si le campement peut déranger leurs habitudes, ne supportent la misère ou les étrangers que lorsqu’ils sont hors de leur vue. Or, la mairie socialiste de Grenoble est-elle censée donner systématiquement satisfaction à ses habitants les plus réactionnaires ? N’y a-t-il pas d’autres manières de répondre à ce type de problème ? On pourrait imaginer, par exemple, faire de l’information auprès du voisinage sur la situation de ces personnes et ses causes, ou organiser des rencontres entre les habitants et les gens du campement. Car pour autant qu’on sache, on n’a jamais réglé un problème en le cachant.

 

La misère a disparu, pas ses traces !

La misère a disparu, pas ses traces !

La préfecture – et à travers elle l’État – est responsable de la situation de ces personnes, qu’elle se doit d’héberger en tant que demandeurs d’asile. Le déni de ce droit est une pierre de plus dans la politique xénophobe du gouvernement français, qui flirte avec les idées les plus nauséabondes de l’extrême-droite. On serait donc en droit d’attendre d’un contre-pouvoir socialiste qu’il prenne des positions fortes et s’oppose à ce populisme ambiant. Au lieu de quoi la mairie de Grenoble a préféré privilégier la parole d’électeurs potentiels au détriment d’étrangers en situation de grande précarité, mais qui, eux, ont le défaut de ne pas avoir le droit de vote…

Le collectif la Patate Chaude

2 réflexions sur “Le déplacement des demandeurs d’asile de la rue de Stalingrad, un cache-misère électoraliste ?

  1. Bonjour,
    Je suis bien d’accord sur le fait que ces personnes vivent dans des conditions des plus déplorables. Et je suis désolée de voir ces enfants en bas âge vivrent dans de tels conditions. Il est sur que cela ne devrait pas exister, je le conçois parfaitement.
    Mais il est aussi facile de dire que c’est pour conserver leur petit confort que les gens du quartier ont demandé de faire bouger le campement. Personnellement, ce camp se trouve devant mes fenêtres maintenant, et je ne vois plus que ça. Oui, c’est inadmissible ce qu’il arrive à ces gens, mais oui, j’en ai marre aussi d’avoir mon linge sentant le feu de bois, j’en ai marre d’avoir du bruit le soir, …. Et pourtant, cela ne m’empêche pas de les soutenir, mais vous, aimeriez vous avoir tout un campement comme celui-ci devant vos fenêtres? Ne faites pas retomber la faute sur les autres comme ça, cela serait trop facile. Mais essayez de vous mettre un peu à la place des habitants du quartier….
    Je ne suis pas raciste, ni extrémiste, ni quoi que ce soit au niveau poilitique etc., je suis scandalisée par le traitement qui est donné à ces pauvres gens, mais je suis énervée que l’on s’en prenne aux autres en disant que c’est la faute des habitants qui ont besoin de leur petit confort et qu’ils ne veulent pas voir la misère tous les jours.
    Peut être un peu moins de violence dans les propos pourrait faire un peu + avancer les choses.

    • Bonjour,

      Merci pour votre commentaire. Nous sommes bien conscients des désagréments que peuvent vous occasionner la présence de ces personnes sans logis près de votre logement. Vous conviendrez que leur situation est bien plus critique que la vôtre. Ils n’ont d’ailleurs pas choisi ce lieu sur lequel l’Etat les a amené. Nous avons tenté avec nos maigres moyens de briser la barrière qui souvent sépare les voisins des personnes sans domicile. Ce n’est pas facile, mais avec la sympathie que vous manifestez à leur encontre, il devrait être possible de parler à ces habitants malgré eux de votre quartier et de jeter des ponts afin de modérer les gênes bien réelles que vous rencontrez. L’action qui a consisté à déplacer sans les prévenir leur campement vers un terrain boueux a été brutale et non comprise par ces personnes. Leurs conditions de vie loin de l’herbe proche de la rue de Stalingrad se sont dégradées; il faut aussi le comprendre. La seule motivation de ce déplacement aurait été une demande des voisins avant qu’un réel dialogue ne soit mis en place.
      Pour notre part, si nous n’habitons pas près de vous pour vivre vos ennuis, nous sommes solidaires des personnes remises à la rue à la fin de la période hivernale de mise à l’abri et nous passerons pour en témoigner une nuit à la rue devant la Préfecture ce soir. Venez nous rencontrer dès 18h30 Place de Verdun.

      La Patate Chaude le 30 mars 2010

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