L’errance continue : situation au 3 mars 2011

Installation à 22h d'un campement sur un terrain vague le 2 marsNouveau « rebondissement » pour les demandeurs d’asile, pour la plupart Roms de l’ex-Yougoslavie, qui dormaient à la gare puis au square Jean Macé (voir l’épisode précédent).

Le lundi 21 février, les demandeurs d’asile de Jean Macé ont décidé de se rendre à la mairie de Grenoble, accompagnés de représentants de La Patate Chaude et d’associations du réseau Alerte 38, pour demander au maire les mette à l’abri en attendant que le préfet se résolve à respecter la loi et leur propose un hébergement. Réponse en mode « patate chaude » des élus de Grenoble présents en nombre (Motte, Fioraso, Chiron, Pilaud, etc.) : « nous sommes avec vous, mais nous avons déjà beaucoup fait, nous ne pouvons pas faire plus, à présent c’est à l’Etat de faire son devoir ». Et de proposer de demander qu’une délégation conjointe d’élus grenoblois et de représentants des associations soit reçue à la préfecture l’après-midi même.

Un rassemblement improvisé a donc eu lieu lundi après-midi devant la préfecture, où le préfet a accepté de recevoir les élus, mais pas les associations. Les élus ont refusé de dialoguer dans ces conditions et redemandé à ce que les associations soient reçues. Après une courte concertation, il a été décidé d’organiser un campement le mercredi 23 février au soir devant la préfecture, avec les demandeurs d’asile, les associations et tous ceux et celles qui voudraient participer à cette action de protestation.

Le lendemain, le préfet, que cette perspective devait effrayer, déclara qu’il n’autorisait pas le rassemblement et proposa de recevoir une délégation d’élus et de représentants associatifs jeudi 24. Satisfaits de cette proposition, des membres du réseau Alerte 38 ont décidé d’annuler le rassemblement.

Le jeudi 24, le préfet a annoncé l’ouverture d’un local rue Prosper Mérimée à Grenoble pour héberger les demandeurs d’asile de Jean Macé, ce que les représentants associatifs présents dans la délégation ont considéré comme « une avancée« . Pourtant ce local, en vérité un hangar dépourvu de douches, avait déjà servi pour mettre à l’abri des Roms, notamment ceux qui campaient sur le camp du Rondeau, dans le cadre de l’hébergement d’urgence hivernal. Nous avions alors dénoncé l’insalubrité du lieu, son inconfort, l’absence de douches et le fait que ses occupant(e)s ne puissent y rester que la nuit et soient mis à la rue pendant la journée.

Le hangar du 19 rue P. Mérimée a donc été réouvert le lundi 28 février, confié à la gestion de l’association l’AREPI. Malgré quelques améliorations apportées par celle-ci (nettoyage, construction de « chambres »), il restait deux points noirs : l’absence de douches et la fermeture en journée. Dans ces conditions, la plupart des personnes campant à Jean Macé se sont déclarées hostiles à cette solution et ont donc préféré rester sur le square.

Mais le 1er mars au soir, la police est venue les déloger au cours d’une glorieuse opération dans le cadre de laquelle les forces de l’ordre ont abandonné l’ensemble des affaires des demandeurs d’asile sur un terrain vague sans prévenir les intéressés, auxquels ils avaient promis de leur amener leurs affaires au hangar. Lorsque les demandeurs d’asile ont retrouvé leurs affaires le lendemain, une bonne partie avait disparu.

De plus, le local de la rue P. Mérimée était prévu pour accueillir 55 personnes, or il s’est vite avéré qu’il y avait bien plus de monde à héberger. Le premier soir, le hangar a donc dû en accueillir près du double.

Le second soir (le 2 mars), les mêmes personnes se sont donc présentées devant le hangar. Mais cette fois-ci, le directeur de l’AREPI avait décidé, sous la pression de la préfecture, de ne plus dépasser le quota fixé. De nombreuses personnes ont ainsi été refusées, dont certaines avaient leurs affaires, y compris leurs tentes, à l’intérieur. La tension est montée devant le hangar, les demandeurs d’asile criant et tapant sur la porte du hangar et les vigiles embauchés par l’AREPI perdant un peu le contrôle de la situation. Sur ce, la police est arrivée, ce qui laissait craindre le pire (« une situation est rarement si mauvaise que l’arrivée de la police ne puisse pas la faire empirer« ), mais elle est finalement repartie sans intervenir. Le directeur de l’AREPI a proposé d’héberger seulement les femmes et les enfants. Mais les familles ont refusé d’être séparées (rappelez-vous ce que signifiait le tri des hommes et des femmes pendant le conflit en ex-Yougoslavie…)

Finalement, après de longues négociations, certains Roms ont préféré aller dormir sous la tente sur le terrain vague à côté (appelé « les embranchés de la Capuche ») plutôt que de rester dans le hangar en laissant des membres de leur famille dehors, ou de risquer de se fâcher avec ceux et celles qui n’avaient pas pu entrer. Ainsi, 30 à 40 personnes sont restées dans le hangar, tandis qu’une cinquantaine d’autres ont, une fois de plus, dormi dehors.

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