Pour et avec les Roms

Appel du Collectif Solidarité Roms lancé à la soirée du 9 octobre :

1) Les ingrédients du fascisme sont là !
Tous les régimes totalitaires après avoir mis en prison les opposants politiques pour dégager le terrain, s’en prennent ensuite aux populations « faibles » qui n’ont plus le droit de vivre dans un État fort : les fous, les handicapés physiques, les Roms… La première action consiste à désigner ces populations (ce qui a été fait cet été), puis à déchoir ces gens de leur nationalité (c’est en cours), ensuite à les criminaliser (ça a eu lieu cet été) : tout cela a été fait pour les Roms sous Vichy ! La comparaison avec le fascisme des années 30-45 n’est pas seulement « morale », elle est textuelle : ce sont des mesures qui ont été mises en œuvre par Vichy, que le gouvernement français actuel est en train de répéter… Même il ne s’agit pas seulement d’expulsions, mais aussi de « retours volontaires », ces derniers étant tellement contraints par le refus d’accorder le droit à l’hébergement et au travail. (*)
Nous exigeons donc :

  • L’arrêt immédiat des expulsions, des démantèlements de camps de Roms en France. Et nous parlons là non seulement d’eux en tant que citoyens européens, mais aussi en tant que peuple transnational.
  • La réaffirmation solennelle de la liberté de circulation à laquelle ils ont droit comme tout citoyen européen et sachant que la réalité du nomadisme n’est que résiduelle et que les phénomènes migratoires sont aujourd’hui le résultat de la dégradation de leurs conditions d’existence. Dans le même temps les entreprises multinationales elles, exigent la mobilité de la force de travail et la soumission aux délocalisations. Cette mobilité de type économique nous semble un peu courte en termes de Droits de l’Homme.
  • L’abrogation ou l’abandon des différentes législations répressives ou de contrôle social (fichier Oscar mis en place avec prélèvement ADN, Loi Lopsi2 prévoyant des mesures spécifiques en termes de documents d’identité biométriques, d’expulsions de bâtiments ou de terrains publics et privés,.fichiers ethniques (MENS,…?),.dérogations sur le devoir d’hébergement des demandeurs d’asile,..), car ces lois sont en fait des lois d’exception, qui nous font douter de la réalité démocratique du pays dans lequel nous vivons.

Nous exigeons tout simplement que les Roms, peuple transnational (qui n’a jamais eu ni État ni armée rappelons le) puissent vivre en paix, que les Roms veuillent habiter ou seulement séjourner parmi nous.
Comme l’a remarquablement écrit un député UMP (!) : Restons la branche sur laquelle peuvent se poser nos frères étrangers.

2) Nous dénonçons les conditions d’existence qui leurs sont réservées :
Il y a là, parmi nous, des femmes, certaines enceintes, des enfants, des personnes âgées, bref des êtres humains..

Comme de nombreuses ONG, nous dénonçons les conditions sanitaires innommables, insalubres qui leurs sont réservées : en termes d’accès à l’eau : impossibilité de se laver, de laver ses habits, sa vaisselle, d’avoir des toilettes, d’accès à l’électricité (sans parler des camps illégaux, il n’y a même pas d’éclairage public sur l’aire d’accueil, de l’agglomération, des gens du voyage), de chauffage alors que l’hiver approche. Cette situation est la source aujourd’hui d’une recrudescence des maladies infectieuses déjà signalée par Médecins du Monde.

Nous dénonçons les conditions d’hébergement, précaires, indignes, dans lesquelles ils vivent : promiscuité des petites tentes dans lesquelles ils sont entassés ou des abris faits de branchages, de bâches et de tissus, véritables bidonvilles à la merci des éléments climatiques. Certaines familles, certains groupes, encore plus fragiles, sont obligés de se cacher. Ce sont des conditions illégales quant au devoir des Etats d’accueillir dignement les populations vivant ou séjournant sur leurs territoire.

Nous exigeons donc qu’une politique du logement et de l’hébergement soit mise en place immédiatement :
En réclamant Un toit pour les Roms nous sommes conscients que nous abordons deux questions parallèles ne
pouvant être traitées séparément même si l’une induit plus une politique du plus long terme et l’autre la notion
d’urgence. Le logement est une urgence pour ceux qui sont là depuis longtemps, qui ont été trimballés d’un point
à un autre sous la pression de la répression et qui désirent vivre ici. L’hébergement est une urgence pour tous les
autres, ceux qui ont été parqués, ceux qui se cachent, les nouveaux arrivants, ceux qui sont demandeurs d’asile,
etc…. Pour tous nous exigeons l’application des lois européennes et de la loi de réquisition sur le logement
vacant par toutes les institutions et collectivités territoriales concernées :

  • L’Etat, représenté ici par le Préfet de l’Isère.
  • Le Conseil Général
  • Les municipalités et les communautés d’agglomérations, ici, La Métro et la Communauté d’agglomération du pays voironnais.

Un recensement des logements et bâtiments du parc public et privé doit être fait au plus tôt et ces lieux doivent être ouverts soit par réquisition soit par mise à disposition lorsqu’il s’agit de propriétés des collectivités territoriales. Et ceci concerne les Roms, tous les Roms présents ici, mais bien sûr aussi toutes les personnes qui sont aujourd’hui à la rue. Nous ne pouvons tolérer que la crise qu’ils subissent tous, devienne sous les coups de boutoir d’une politique de tri, l’occasion d’affrontements barbares entres les pauvres eux-mêmes.

Cette procédure d’urgence humanitaire, pour être mise en place immédiatement, doit balayer les rhétoriques dilatoires de l’appel d’air et du partage des compétences. Et il s’agit d’une décision et d’une action politiques.
Si nous parlons d’une procédure d’urgence humanitaire en termes de logements et d’hébergement, c’est parce qu’elle doit s’accompagner d’une reconnaissance d’un mode de vie propre [qui n’inclut pas automatiquement la notion d’intégration, et qui inclut en revanche la nécessité de prendre en compte la différence entre les besoins de certains en termes de logement et d’autres en termes d’hébergement]. Les Roms ne sont pas seulement un peuple transnational qu’il s’agirait de traiter en tant que tel, ils sont aussi des individus. Peuple et individus, sujets de l’histoire, comme nous et comme nous sujets de leur émancipation.

Cette urgence humanitaire exige aussi que l’Etat et les collectivités territoriales locales demandent à l’Europe de bénéficier de l’aide qui est censée avoir été allouée pour aider les Roms (aide dont seulement 1/1000 ème a aujourd’hui été utilisée pour eux). Dans l’urgence et pour des politiques à plus long terme. Ce qui est de leur pouvoir.

L’hébergement en urgence des Roms ne saurait être leur simple intégration à un dispositif hivernal (par ailleurs mis à mal par la Préfecture), dispositif qui met des gens à l’hôtel ou dans des gymnases et les rejette à la rue chaque matin. Ce dispositif, qui plus est, ne sera pas actif demain, ni après-demain. Nous ne sommes qu’au début du mois d’octobre…

De même la question de l’hébergement est aussi une question à long terme, car elle concerne les conditions d’accueil dans la dignité des populations nomades ou temporairement présentes sur notre territoire comme le sont les Roms en tant que peuple transnational (et pas seulements les forains ou les « gens du voyage » qui sont des Français). Et là bien sûr, nous rejetons la notion d’appel d’air constamment mise en avant par les élus de tous bords. Une aire d’accueil, digne de ce mot, est une exigence incontournable.

3) Nous dénonçons leur exclusion en termes d’éducation, de culture et d’assistance sociale :
Chassés avec leurs parents d’un point à un autre, parqués ou obligés de se cacher, souvent séparés d’eux, les enfants Roms ne sont, la plupart du temps, pas scolarisés. Et quand ils le sont leurs conditions d’éducation sont désastreuses : radiations sans propositions alternatives (on l’a vu ici à la rentrée), inscriptions dans des classes poubelles à des niveaux ne correspondant à rien d’autre qu’à leur âge, problèmes de cantine (on le voit encore aujourd’hui ici), impossibilité de faire leurs devoirs dans des camps sans électricité, dans la boue, la pluie et le froid. Là encore cette question est centrale pour leur émancipation, leur accès à des moyens d’existence. En dénonçant cette situation nous dénonçons aussi la mascarade du discours sur l’intégration.

Et ceci sans parler de l’exclusion des adultes de la culture dont l’accès est un droit humain fondamental.

Nous exigeons aussi que tous, et non seulement ceux qui vivent dans des camps reconnus, soient pris en charge immédiatement par une assistance sociale, et qu’ils puissent tous bénéficier de la même façon de cette protection.

4) Enfin nous dénonçons la législation du Travail qui leur est réservée :
La législation actuelle constitue une véritable interdiction pour les Roms de pouvoir avoir des moyens d’existence propres. Elle les réduit ainsi soit à l’assistanat social, soit à la pratique de la mendicité ou au travail au noir. C’est cette législation créatrice de situations d’illégalité qui contraint certains à la petite délinquance.
C’est pourquoi nous tenons à dénoncer, ici, la mascarade que constitue la législation des 3 mois pour trouver un logement et un travail, quand on connaît les difficultés actuelles des jeunes, des femmes, des seniors, des sans abris, etc.. pour se loger et travailler, et quand on connaît la restriction spécifique faite aux roumains et bulgares des 150 métiers « ouverts » et les conditions faites pour décourager les employeurs de bonne volonté qui veulent les embaucher légalement.

Peuple particulièrement vulnérable, les Roms, quand ils travaillent sont souvent les premières victimes de la crise. Nombreux sont ceux qui ont travaillé en Espagne, en Belgique, en Allemagne, en Italie, en Irlande, mais ne peuvent pas le faire ici. Cette question du travail, pour eux, comme pour les sans papiers, les demandeurs d’asile, les jeunes, …est la question centrale, d’elle découlent le logement, la sortie de l’assistanat, l’émancipation des individus. Nous exigeons qu’ils puissent accéder à des moyens d’existence dignes.Eux aussi sont des acteurs du mouvement social.
Tous ces problèmes nous les rencontrons nous aussi, dans la crise que nous subissons ici.

Ne pas résoudre cette question et parler d’intégration induit une politique du tri, à cours ou long terme, entre les bons et les pouilleux. Les questions de nomadisme ou non, de sédentarisation forcée, de pratiques d’aller-retour ne sont que les produits de l’histoire, ancienne et récente, et de la Crise.

Le droit des Roms ne se résume pas à celui d’être expulsés, à « choisir » entre le retour « volontaire » et la vie dans la rue.
Nous ne resterons pas passifs.

Grenoble le 8 octobre 2010
Le collectif Solidarité Roms
(*) paragraphe inspiré par un texte de Claire Auzias (Docteur en histoire, chercheuse à l’Université de Lisbonne, qui depuis vingt ans, travaille aux côtés de l’Union Romani internationale afin de faire reconnaître leur histoire et leur culture.).

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2 réflexions sur “Pour et avec les Roms

  1. L’auteur de ce texte a demandé le retrait de celui-ci sur ce blog par courrier électronique le 9/1/2010 et ce n’est toujours pas le cas. De plus cette publication est antidatée ce blog n’existait pas à cette date.

    La demande de retrait immédiat est donc réitérée

    Dominique Jégou
    membre du Collectif Solidarité Roms

  2. Au sujet de la date de ce texte : il est bien du 8 novembre. Qu’il soit publié après n’autorise pas de le postdater. Il s’agissait d’un texte rédigé et lu à la fête du 9 novembre : les dates concordent.
    Si D. Jegou n’a plus que cela à faire à poster de commentaires sur les sites, il a bien du temps à gaspiller…

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