Débat sur le racisme anti-Roms, Paris, 27 février 2014

Extraits du débat organisé par « La Patate Chaude » et « Sortir du colonialisme » à Paris lors de la semaine anticoloniale et antiraciste en février 2014 :

Les Roms, dernière cible d’un racisme autorisé ?
Avec :
José Vieira, réalisateur du film Le bateau en carton,
Saïmir Mile, président de l’association La Voix des Roms,
Umberto Guerra, président de l’association Rromeurope,
Etienne Liebig, éducateur de rue, auteur du livre De l’utilité politique des Roms
Et l’introduction de Gisèle Fehlendler de Sortir du colonialisme, organisatrice de la semaine anticoloniale et antiraciste.

Quelques extraits :

Le racisme institutionnel

Umberto Guerra : « La première expulsion de Roms répertoriée par des écrits en France, c’est en 1419. (…) Donc vous voyez, on est habitués, nous, aux expulsions, et d’un autre côté, les autorités sont habituées à nous expulser… »

Etienne Liebig : « Lorsque des personnes de l’importance d’un président de la république ou d’un premier ministre se lâchent, ça autorise tout le monde à se lâcher… (…) On s’est confrontés à quelque chose d’assez irrationnel dans le racisme. »

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Occupation d’un bâtiment public vide à Grenoble

la-maison-situee-chemin-robespierre-a-grenoble-est-occupee-depuis-samediAujourd’hui, samedi 24 janvier, le collectif Hébergement Logement soutient et accompagne l’occupation d’un bâtiment de l’EPFL, au 16 chemin Robespierre, Grenoble.

  • Parce que trop de gens sont encore à la rue.
  • Parce que des familles attendent pour y être logées.
  • Parce que les pouvoir publics locaux ne peuvent se défausser éternellement sur le désengagement de l’État pour justifier l’inaction ou la répression.

Nous affirmons notre soutien aux occupations de terrains et de bâtiments vides, et demandons le respect des obligations qu’elles impliquent en termes de droits et de dignité des occupant-e-s. Ce mode d’action nous semble être plus que légitime pour faire face aux carences de solutions adaptées.

Après de nombreux contacts téléphoniques avec Christine Garnier, présidente de l’EPFL, nous avons obtenu le départ de la police nationale et de la BAC arrivées sur place, ainsi qu’un rendez-vous avec des représentant-e-s de l’EPFL. Des membres du collectif ainsi que de la famille qui souhaite s’installer dans les lieux se rendront donc à la métro lundi pour faire avancer la situation.

Vous pouvez soutenir cette action en appelant et/ou envoyant vos messages aux responsables de l’EPFL, à vos élus de la métro, de votre mairie…

Le collectif hébergement-logement, samedi 24 janvier 2015

Hébergement : rencontre travailleurs sociaux, hébergé-es, militant-es

Rencontre IFTS 4 decTravailleurs sociaux ( ou futurs…), militant.e.s, vous êtes convié.e.s à une discussion autour du droit à l’hébergement et au logement

C’est jeudi 4 décembre à 18 heures à I’institut de formation des travailleurs sociaux d’Echirolles

3 avenue Victor Hugo – Echirolles TramA – arrêt La Rampe

avec

Alban Costa. avocat et David Laumet, travailleur social

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Lettre ouverte au préfet de l’Isère

Banderole pas une personne sans toit décentMonsieur le préfet,

L’État ne respecte pas son obligation de garantir un toit à toutes les personnes présentes sur le territoire français, bien que le droit à un toit soit inscrit dans la Constitution et dans la loi (loi Besson de 1990, loi SRU de 2000, loi DALO de 2007).
A Grenoble et sur l’agglomération, en janvier dernier, les associations estimaient à près de 1500 le nombre de personnes à la rue1, sans compter celles qui s’entassent dans des logements trop petits, vivent dans des conditions insalubres ou se serrent la ceinture pour payer le loyer et éviter l’expulsion.
En août dernier, il manquait plus de 2000 places d’hébergement2. Durant l’année 2013, sur l’ensemble des demandes d’hébergement adressées au 115 de l’Isère, seuls 5,7 % des ménages ont eu une réponse positive, contre 60 % 6 ans auparavant3. Les associations sont unanimes sur le constat qu’une partie croissante de la population se précarise.

Que faites-vous, Monsieur le préfet, au nom de l’État ?
Vous continuez la même politique du logement, en méprisant complètement les constats et les revendications portées par les sans-logement et ceux qui les soutiennent. Comment se fait-il qu’il n’y ait que 6 % du parc de logement social assimilé à du PLAI4 sur l’Isère, alors que près de 70 % des demandeurs d’un logement social disposent de ressources inférieures ou égales au plafond d’accès au logement très social (PLAI)5 ?
Vous ouvrez au compte-goutte quelques places d’hébergement chaque hiver alors que toute personne a besoin d’un toit toute l’année. Pour cet hiver, cela ne vous suffit pas d’ouvrir seulement 200 places et quelques, vous essayez encore de retarder au maximum la date de leur mise à disposition. L’été dernier, vous avez tenté en toute illégalité de fermer le site de Verlaine sans proposition de relogement. Mais la mobilisation des 120 habitant-e-s et de leurs soutiens a obtenu qu’un procès en bonne et due forme ait lieu. Malgré vos arguments cyniques, comme de pointer l’insalubrité du lieu, alors que vous étiez dans l’obligation d’y faire des travaux depuis deux ans, vous avez perdu ce procès, et les habitant-es sont resté-e-s.
Vous concentrez parfois les sans-logement dans des lieux inadaptés, sans accueil et sans accompagnement dignes de ce nom – au moins pouvez-vous prétendre avoir ouvert des places ! Ou encore, vous utilisez certains centres pour contrôler et harceler les personnes hébergées, en envoyant la police y distribuer OQTF et assignations à résidence, afin de bien faire comprendre aux personnes venues de loin qu’elles ne sont pas les bienvenues. Au centre des Mimosas à Grenoble, au centre Jules Vallès à Saint-Martin d’Hères ou au centre de l’Isle d’Abeau, vous avez ainsi pu compter sur la diligence de certaines directions d’associations comme l’AREPI et la Relève pour vous aider dans cette tâche.
Vous refusez d’appliquer la loi de réquisition sur les biens vacants, encourageant ainsi la spéculation sur l’immobilier et sur le foncier. Comment pouvez-vous prétendre ne rien pouvoir faire pour les personnes à la rue alors que depuis des années, des bâtiments publics, dont certains appartiennent à l’État, restent vides ?
A la veille de la trêve hivernale, vous expulsez sans relogement campements et squatts, sachant pertinemment que ces personnes ne rentreront dans aucun dispositif d’hébergement. Ainsi, vous avez contribué depuis cet été à jeter plus de 200 personnes à la rue lors d’expulsions sur les communes de Fontaine, Saint-Martin d’Hères, Grenoble et Échirolles.
Vous êtes responsable de tout cela, Monsieur le préfet, vous et ceux qui vous suivent, même si ces décisions – dont certaines sont illégales – sont dictées par l’État.

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Chronique d’une expulsion, la politique du débarras

expusion MoulissimoAu petit matin du 27/09/2014, au 1 rue du Tour de l’eau (Saint Martin d’Hères), des dizaines d’estafettes s’installent, prennent position en encerclant une grande bâtisse squattée par des personnes (adultes, enfants, nourrissons) roumaines. A leurs bords des dizaines et des dizaines de gardes mobiles ; polices nationale et municipale ne sont pas en reste. Elles viennent procéder à ce que, pudiquement, une journaliste appelle « une évacuation ».

L’opération consiste à réveiller brutalement, sans états d’âme, les occupant.e.s, à vérifier leur identité (tout en profitant de leur remettre soit une Obligation de Quitter le Territoire sous 48H, soit un ordre de transfert en Centre de Rétention) et les forcer à quitter les lieux.

Objectif répressif.

 Un cordon de sécurité est mis en place et ceinture l’opération d’expulsion. Il est légitime de s’interroger sur l’importance du dispositif, sur le tel déploiement des forces de l’ordre ; par quoi, pour qui était-il justifié ? Citoyen européen, le roumain, rom ou non, est assimilé à un vaurien, une crapule.

Tout campement de roumains amène l’émergence d’une angoisse, d’un sentiment d’insécurité.

Le traitement réservé par les politiciens à ces communautés interroge d’autant que LA solution trouvée est l’EXPULSION. Ils la justifient par un argumentaire xénophobe en garantissant, aux riverains (leur électorat), la « sécurité et la salubrité ».

Idée raciste, pensée réductrice.

Ces personnes qui n’aspirent qu’à vivre comme tout un chacun sont frappées d’ostracisme.

Il faut éloigner les indésirables.

Contrôle social.

Pas de pleurs, ni de cris ; les visages reflètent la crainte de l’avenir immédiat, la tristesse d’avoir perdu leur lieu de vie, l’incompréhension. Marques de l’oppression.

Dans presque un mois ce sera la trêve hivernale ; quelle urgence y avait-il d’expulser ces personnes d’un lieu qui en a accueilli jusqu’à 250 ? Sont-elles plus en sécurité dans la rue ? Mais il est indéniable qu’il s’agit surtout de la sûreté des riverains.

L’adaptation (« vieil atavisme ») est leur force. Après avoir erré de-ci de-là ces hommes et ces femmes sont venu.e.s grossir le grand campement d’Allibert, sur Grenoble.

Il y a comme un parfum de revanche de monsieur S., règlement de comptes entre la préfecture et la mairie de Grenoble par Roms interposés ; dommages collatéraux !!

Ce même jour, en début d’après-midi la circulation a repris.

Dans une indifférence quasi-générale, une centaine d’hommes, de femmes et d’enfants se retrouve sans lieu de vie, excepté la rue

La demande du préfet rejetée !

Le préfet de l’Isère avait demandé au tribunal administratif d’ordonner l’expulsion immédiate des occupant-e-s de l’ancien centre d’hébergement situé à Grenoble, au 11 Avenue Paul Verlaine.
 Centre de la rue Verlaine
Le juge a estimé que :
- l’occupation des locaux n’empêche pas l’accomplissement de missions de service public ni la réalisation d’un quelconque projet public,
- il n’était pas prouvé que les locaux étaient plus insalubres à présent que lorsqu’il s’agissait d’un centre d’hébergement géré par l’Arépi à la demande de la préfecture,
- l’occupation du bâtiment ne provoque pas un trouble à l’ordre public auquel le préfet ne pourrait faire face,
- si l’occupation entraîne des nuisances pour le voisinage, ceci n’est pas dû à son caractère illégal, mais c’était déjà le cas lorsqu’il s’agissait d’un centre d’hébergement mis en place par la préfecture,
- la situation irrégulière sur le territoire des habitant-e-s évoquée par la préfecture n’a pas d’influence sur l’appréciation de leur occupation d’un bien public.
En conséquence de quoi il a rejeté la demande de la préfecture.
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Voir le jugement complet sur le site du tribunal administratif.
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Le site d’information grenoblois Place Gre’net a publié un article sur le sujet avec des interviews vidéo ainsi que notre réaction, que voici :
Nous nous félicitons de cette décision du tribunal administratif, même si l’occupation de ce bâtiment n’est pas une fin en soi pour les personnes qui l’habitent. Nous attendons à présent que l’État, le Conseil général, la Métro et les communes mettent en place des structures d’hébergement conséquentes qui évitent que ce type de situation ne se reproduise sans cesse, et que la préfecture permette aux personnes concernées d’accéder, comme elles le souhaitent, au droit commun et à un logement digne de ce nom.