Circulez, y’a rien à voir !

Patate chaude en colèreLettre ouverte aux organisations réunies autour de la CISEM
A l’occasion de la manifestation traditionnelle du 1er mai, qui avait lieu cette année juste avant le second tour de l’élection présidentielle, la CISEM (Coordination iséroise de solidarité avec les étrangers migrants) a appelé à la tenue d’un cortège autour d’une banderole “Régularisation des sans papiers”. Un texte, signé par de nombreuses organisations, a été diffusé pendant la manifestation.
Ce texte contient un certain nombre de revendications et se positionne clairement contre les idées racistes et xénophobes qui s’épanouissent allègrement ces temps-ci. Ainsi, il réclame l’abrogation de la loi Besson, la régularisation des sans papiers ou encore la fermeture des centres de rétention, véritables prisons où des hommes, des femmes et des enfants sont enfermés sans jugement pour la simple raison qu’ils sont étrangers.

Mais ce texte comporte aussi un manque étonnant dans la série des revendications habituelles des défenseurs des droits des étrangers : si la liberté de circulation y est bien demandée, la liberté d’installation, elle, n’y figure pas. Pourtant, ces deux libertés constituent des droits fondamentaux, d’ailleurs reconnues par l’article 13 point 1 de la Déclaration universelle des droits de l’homme : « Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un État ». Il est donc très étonnant de voir apparaître l’une sans l’autre.

Pour nous, il est clair que l’installation d’étrangers en France n’est un problème que dans la bouche de politiciens populistes qui y voient surtout une opportunité de faire oublier à la population l’injustice du système socio-économique qu’ils lui imposent. Ce sont plus leurs actes et leurs paroles qui provoquent des tensions entre les supposés « bons français » et les immigrés qu’une réelle impossibilité d’intégrer qui que ce soit. A cet égard, il est intéressant de lire un audit de la politique de l’immigration du gouvernement Sarkozy publié en 2011 par des chercheurs et des parlementaires de tendances très diverses, y compris de l’UMP, qui bat en brèche beaucoup de clichés concernant le coût de l’immigration et les problèmes qu’elle poserait.

Pourtant, dans l’ambiance de stigmatisation des étrangers qui n’a pas pris fin par miracle au soir du 6 mai, même les milieux théoriquement opposés aux discours racistes et xénophobes manquent singulièrement de clarté pour dénoncer ce populisme anti-immigrés. C’est ainsi que certaines organisations qu’on aurait cru engagées dans la lutte contre la discrimination raciste se sont refusées à signer le texte de la CISEM, trop offensif à leur goût. Il y a là des réminiscences de France « qui ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Pire, un certain nombre d’autres organisations n’auraient pas signé non plus si le texte avait revendiqué la liberté d’installation des étrangers en France. Pourtant, à quoi sert la liberté de circuler si elle n’est pas accompagnée du droit de choisir son lieu de vie ? Au tourisme ? A moins qu’on ne reconnaisse la liberté de circuler que pour pouvoir mieux expulser les indésirables de France… « Circulez, y’a rien à voir ! »

Or, dans la liste des organisations signataires de ce tract, une absence faisait particulièrement tâche en cette période d’entre-deux tours : le Parti socialiste n’y figurait pas. Rien de bien étonnant, à vrai dire : difficile d’imaginer le PS demandant la fermeture des centres de rétention qu’il a lui-même créés en 1984. D’ailleurs, pendant la campagne, François Hollande s’est hélas placé dans la continuité du gouvernement UMP en ce qui concerne l’immigration : non seulement il n’a pas annoncé vouloir revenir sur les lois anti-étrangers mises en place par celui-ci, mais il a déclaré qu’il « conduira une lutte implacable contre l’immigration illégale » (point 50 de son programme). De liberté d’installation, il n’est donc absolument pas question…

Est-ce pour ne pas se mettre en porte-à-faux que certaines organisations réunies autour de la CISEM en sont venues à porter ainsi des revendications qui, par leur incohérence, risquent au final de porter préjudice aux migrants qu’elles prétendent défendre ? Comment croire que le nouveau pouvoir va changer radicalement la politique migratoire de la France s’il ne commence pas par reconnaître la légitimité de l’immigration ? Ce qui implique bien de reconnaître aux migrants, comme aux nationaux, le droit de choisir librement leur lieu de résidence et de pouvoir y faire leur vie…

Ne nous laissons pas endormir par l’impression de « moins pire » que peut donner l’élection d’un candidat socialiste. Les droits des étrangers doivent être défendus dans leur totalité, sans concession aux discours réactionnaires : « liberté de circulation ET d’installation ! »

About these ads

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s