Publié dans Affiche, Réunions | Poster un commentaire »
Si la plupart des structures d’hébergement hivernal sont restées ouvertes au-delà du 31 mars cette année, les fermetures/transferts/déplacements ont commencé, avec leur corollaire de mises à la rue sans solution. Nous dressons ici un état des lieux à partir des informations dont nous disposons. Nous ne savons certainement pas tout, et les situations évoluent vite.
Le camp d’Algecos de La Tronche a fermé la semaine passée. Dès la fin de la semaine, les Algecos avaient été enlevés. Les 26 personnes qui les occupaient (adultes et enfants) ont été logées au foyer de la rue Jules Vallès et au camp d’Algecos du tènement ex-Allibert, à Grenoble (qui finira sans doute par fermer aussi…)
Les hébergé-e-s du gymnase du Vieux Temple subissent des pressions qui visent à leur faire quitter les lieux d’eux-mêmes, ce qui a l’avantage d’éviter de devoir leur trouver une solution d’hébergement. Pour les dissuader de rester, depuis la semaine passée, tout le monde est mis dehors le matin à 8h et les portes ne rouvrent que le soir, à 18h30. Le gymnase pourrait bien fermer purement et simplement dans les jours qui viennent.
A Grenoble, plusieurs familles, notamment bulgares et macédoniennes, dorment actuellement sous tente. Elles n’ont pas été « sorties » du dispositif hivernal, où elles n’ont jamais eu de place. Mais avec l’arrivée du Printemps et la fermeture progressive des lieux d’hébergement, elles n’ont plus guère de chance d’y entrer…
Des familles roumaines, dont certain-e-s ancien-ne-s occupant-e-s du camp de La Tronche, s’abritent quant à elles dans un bâtiment désaffecté sordide. Il y a une dizaine d’adultes, dont une jeune femme qui a un enfant de 4 ans.
D’autres personnes, d’origine kosovar, logent dans des caravanes données par une association. Ils sont très gênés par la présence de nombreux rats dans le lieu qu’ils occupent, et aimeraient pouvoir installer leurs caravanes ailleurs.
Et pendant ce temps, les camps d’Algecos continuent d’être vidés. Aujourd’hui, c’était le tour de celui de Fontaine. Les familles avec enfants sont dirigées vers le foyer rue Jules Vallès ou le centre d’hébergement Mimosa, rue Verlaine, qui, lui, ne va pas fermer, mais devrait servir de lieu d’hébergement temporaire. Les isolés et les couples sans enfants devraient être envoyés à l’Isle d’Abeau dans une ancienne résidence étudiante désaffectée. La famille qui avait été déplacée du foyer de la rue Jules Vallès au centre de Domène, puis récemment au camp d’Algecos de Fontaine juste avant qu’il soit fermé, appréciera sans doute ce 3ème déplacement de l’année scolaire. Sans oublier les deux familles déjà mises dehors du camp avant même son évacuation, et à qui aucune autre solution n’a été proposée…
Et rappelons que la trentaine de réfugiés qui squattent, faute d’avoir été hébergés, une résidence du CROUS au Village Olympique avec le soutien des militant-e-s du "réseau du 22", sont expulsables depuis le 12 avril, et pourraient donc être mis à la rue du jour au lendemain.
La Patate Chaude, le mardi 16 avril 2013
Publié dans Communiqués | Poster un commentaire »
Le collectif La Patate Chaude souhaite alerter une nouvelle fois les élus locaux suite à la condamnation de la France le 21 janvier 2013 par le Comité européen des droits sociaux (CEDS) pour violation manifeste des droits des populations roms.
Cette condamnation, la 4ème depuis 2010, qui fait suite à une saisine déposée par Médecins du Monde en 2011, doit interpeller nos responsable politiques et réinterroger la circulaire d’août 2012 de M. Valls. En effet, depuis la sortie de celle-ci, présentée à l’époque comme une procédure plus humaine pour expulser des camps dits "insalubres", héberger et accompagner les populations roms, nous n’avons pas constaté de changement fondamental et notons même de nombreux écueils dans ce dispositif:
- expulsion des camps de l’agglomération grenobloise, entraînant une fois de plus la perte pour leurs occupants de la plus grande partie de leurs affaires personnelles ;
- installation, pour certaines personnes, dans des Algeco sans confort (les cloisons qui limitent la promiscuité et, surtout, les douches ayant été installées à Fontaine bien après l’arrivée des familles) ;
- gestion des centres d’hébergement par l’Arepi, qui interdit les visites aux personnes hébergées et dont le travail social se limite à du gardiennage ;
- risque de déscolarisation des enfants : les déplacements scolaires n’ont pas été organisés depuis les nouveaux lieux d’hébergement, malgré la demande anticipée de RESF et de la Patate Chaude. Se rendre dans les écoles où ils sont inscrits relève du parcours du combattant (comme pour les personnes hébergées à Domène, à plus de 10 km de Grenoble) ;
- hébergement transitoire jusqu’au 31 mars, sans dispositifs prévus pour la suite et sans informations données aux personnes hébergées.
D’autres exemples, tels que l’expulsion sans hébergement du 25 janvier dernier à Vitrolles, ou la véritable expédition punitive de la police à Saint-Fons, vont dans le sens de la condamnation par l’Union européenne pour des violations manifestes des droits qui n’ont pas cessé depuis la mise en place du nouveau gouvernement en mai 2012.
C’est pourquoi le collectif interpelle les élus locaux sur la politique menée dans l’agglomération grenobloise et rappelle la nécessité de trouver une solution d’hébergement pérenne et digne au-delà du 31 mars pour toutes les personnes, y compris les Roms, se trouvant actuellement dans le dispositif hivernal.
Le collectif La Patate Chaude
Publié dans Lettre ouverte | 8 Commentaires »
Après l’évacuation du camp de Roms de Saint-Martin le Vinoux, la plupart des médias et associations ont applaudi de concert. A leurs yeux, le nouveau pouvoir socialiste avait rompu avec les pratiques de l’ère sarkozyste et tenu sa promesse : « expulser avec humanité ». Pourtant, aussi bien les expulsions en elles-mêmes que les conditions matérielles dans lesquelles les personnes déplacées ont été relogées étaient lamentables et reflétaient bien le véritable souci des pouvoirs publics (Préfecture et Métro) : réprimer les Roms et les placer sous leur contrôle plus que leur permettre de sortir de la misère dans laquelle ils vivent. Nous avons dénoncé cette expulsion et le vernis social trompeur qui l’accompagnait dans ce texte largement diffusé. Dans la foulée, d’autres organisations sont également montées au créneau, comme le RESF[1], la FSU[2] (plus particulièrement concernée par les problèmes de scolarisation qu’a entraînés le déplacement des familles), et même Médecins du monde. Face à ces protestations qui commençaient à arriver de toutes parts, les autorités ont enfin réagi et amélioré un peu les conditions d’hébergement, notamment dans les camps dotés d’Algécos. Pour autant, tout n’est pas encore parfait. Petit tour d’horizon de la situation humaine et matérielle à ce jour :
- Les personnes logées à Fontaine se plaignaient au départ de conditions matérielles désastreuses (deux toilettes et deux plaques de cuisson pour 56 personnes, pas de douches ni d’autre moyen de se laver) et d’un traitement inhumain (plusieurs familles entassées sans intimité dans les Algécos, attitude déplorable du directeur de l’association qui gère le camp, arbitraire des vigiles qui les surveillent…) Finalement, un 3ème WC a été posé sur le camp, ainsi que des douches – qu’il aura fallu trois semaines pour mettre en marche… Des cloisons ont été posées dans les Algécos, que leurs occupant-e-s ont pu aménager. Le service santé de la ville de Fontaine est également intervenu efficacement.
- Les personnes hébergées dans des camps similaires à La Tronche et sur le site Allibert ont tout de suite bénéficié de meilleures conditions sanitaires. À La Tronche, le travail des vigiles semble se faire en bonne entente avec les habitant-e-s du camp. Ceux-ci se disent satisfait-e-s des conditions, qui ne pouvaient certes pas être pires que celles du hangar de la MC2, où ils vivaient auparavant. Sur le terrain Allibert, en revanche, la surveillance des vigiles est totalement arbitraire, et les hébergé-e-s ne peuvent souvent pas accueillir d’amis, ce qui les a, par exemple, empêché de fêter le réveillon du nouvel an. La promiscuité et la pénurie d’équipements collectifs (2 plaques de cuisson pour 50 personnes à la Tronche) génèrent aussi des tensions que les gestionnaires des lieux utilisent pour justifier leur surveillance et leur contrôle.
- Le centre d’hébergement de la rue Verlaine pose plusieurs problèmes : pas d’eau chaude dans les douches la plupart du temps, promiscuité difficilement supportable avec environ 150 personnes hébergées, dont beaucoup d’enfants. De plus, les situations et les problèmes des uns et des autres sont très différents, et les travailleur-euses sociaux-ales présent-e-s dans le centre ne se voient visiblement confier qu’une mission : celle de surveiller les hébergé-e-s. Cette absence de suivi social et de solution adaptée crée bien évidemment des tensions. Néanmoins, un certain nombre de personnes hébergées rue Verlaine trouvent les conditions pas si mauvaises que ça, et surtout, s’estiment heureuses d’avoir un toit sur la tête plutôt que de dormir dehors…
- A Domène, il n’est pas possible d’entrer dans le centre, toute visite étant interdite. Il semble qu’il y ait de nombreux problèmes liés à l’éloignement, notamment des problèmes de scolarisation des enfants, qui ne semblent pas avoir été anticipés. De nombreux enfants sont déscolarisés depuis qu’ils y sont hébergés.
- Les personnes hébergées au foyer Adoma de la rue Jules Vallès, en revanche, semblent satisfaites. Les familles disposent de plusieurs petites chambres en fonction du nombre de personnes, et d’une cuisine pour 5 ou 6 familles. Certain-e-s se plaignent tout au plus du manque d’espace pour les enfants. Il y a un bureau et une assistante sociale au 5ème étage, et quelqu’un est en charge de la scolarité. Il n’y a pas de contrôle des visites, bien qu’une porte de derrière, facile d’accès, ait été condamnée.
La satisfaction relative des personnes expulsées de Saint-Martin le Vinoux et du hangar de la MC2 qui vivent désormais sur les terrains dotés d’Algécos prouve en tout cas une chose : il n’était nul besoin d’intervenir de manière aussi répressive, avec l’appui de la police. Si la volonté avait vraiment été de venir en aide aux habitant-e-s des camps, leur proposer des conditions de vie meilleures que celles dont ils disposaient aurait suffi à les convaincre de quitter leurs abris de fortune. Contrairement à ce que nous a affirmé Olivier Noblecourt[3], personne n’aurait préféré rester vivre sans chauffage, sans eau, sans sanitaires, si on lui avait proposé des solutions d’hébergement meilleures. D’ailleurs, ces opérations de police n’étaient pas seulement illégitimes : même le Conseil d’Etat, statuant en référé, a considéré – trop tard – que l’expulsion de Saint-Martin le Vinoux était illégale.
Mais l’intervention de la police avait certainement d’autres objectifs que de « faire le bien des gens malgré eux » : elle permet aussi d’attribuer au passage quelques OQTF, d’attraper d’éventuels délinquants (comme les femmes qui se prostituent pour gagner un peu d’argent?), ou encore de faire peur aux gens pour qu’ils fuient et qu’il en reste le moins possible à héberger…
D’une certaine manière, la situation est stabilisée, mais au fond, rien n’est réglé :
- très peu d’aide sociale appropriée aux demandes des hébergé-e-s (pourtant simples : un travail, un logement, la scolarité). Ces camps et centres d’hébergement ressemblent dans la plupart des cas davantage à des lieux de privation de liberté qu’à des lieux de travail social.
- nous craignons que les camps avec Algécos ne se transforment en pièges se refermant sur leurs habitant-e-s : OQTF qui tombent les unes après les autres, suivies d’expulsions, ce qui ne ferait que fragiliser encore ces personnes en difficulté. Nous veillerons à ce que ces lieux ne soient pas des centres de rétention qui ne disent pas leur nom.
- nous serons aussi attentifs, fin mars, à la fin de la période d’hébergement hivernal, à ce que personne ne soit remis à la rue, et à ce que de vrais parcours d’insertion adaptés aux demandes des hébergé-e-s leurs soient proposés.
Publié dans Communiqués | Poster un commentaire »
|
Ce soir, au Palais des Sports de Grenoble, des musiciens Roms vont donner un concert à l’occasion des vœux du maire. Un esprit de fête va régner. Il ne doit pas nous faire oublier combien au quotidien la communauté rom est victime de racisme dans les pays européens. Car tous les Roms ne sont pas des célébrités qui jouent de la musique à travers le monde. Depuis les années 90, des personnes roms d’Europe de l’Est fuient les persécutions et migrent, notamment vers la France. Suite au discours de Grenoble de N. Sarkozy en juillet 2010, leur stigmatisation a atteint un paroxysme. La chasse aux Roms a été ouverte, et à Grenoble comme ailleurs, la police a expulsé et harcelé des centaines de personnes. Le retour du Parti Socialiste au pouvoir en mai dernier n’a pas mis fin aux expulsions– les dernières sur l’agglo datent du mois de décembre – mais on a pu remarquer une légère amélioration des procédures, et un hébergement d’urgence pour l’hiver a été proposé à la plupart des personnes expulsées. Pourtant, derrière ce début d’aide sociale, c’est encore et toujours la répression et le contrôle de ces personnes en grande précarité qui prédominent : opérations policières d’envergure, destruction des biens, tri d’êtres humains, et finalement placement des personnes dans des camps et centres d’hébergement où la surveillance l’emporte malheureusement sur l’aide sociale. La plupart des Roms vivent toujours en France dans des conditions très précaires. Les médias en parlent beaucoup, peignant souvent un tableau qui les enferme dans des clichés réducteurs. Mais les principaux intéressés n’ont que très rarement l’occasion de s’exprimer sur ce qu’ils vivent et ce qu’ils désirent. Voici donc quelques témoignages de personnes roms vivant dans notre agglomération. |
-
"Il y a des écoles séparées juste pour les Roms. Les profs n’y sont pas bons, et les enfants n’y apprennent rien. Et puis nous n’avons pas d’argent pour habiller nos enfants correctement pour qu’ils aillent à l’école."
-
"Comme on n’a pas d’éducation ni de formation professionnelle, on ne peut pas trouver de travail. D’ailleurs, même quand on arrive à obtenir un diplôme, c’est difficile de trouver un travail."
-
"On reçoit très peu d’aides sociales, 20 euros par mois. Dans l’administration, il y a de la corruption. Les aides matérielles sont parfois détournées, du coup on ne les reçoit pas."
-
"Dans les hôpitaux publics, il faut parfois attendre très longtemps, et dans les cliniques privées, il faut payer plus cher pour être pris tout de suite. Et puis il n’y a pas de structures pour les enfants handicapés."
-
"La police nous maltraite. On est sans cesse contrôlés dans la rue, parfois elle nous frappe. Si les policiers nous prennent en train de fouiller dans les poubelles, ils nous répriment. Et si quelqu’un s’attaque à nous, elle refuse de nous défendre. Quand on revient de l’étranger, on est arrêtés et interrogés pendant des heures à la frontière."
-
"Il n’y a pas de Roms aux postes administratifs importants. La langue romani n’est pas acceptée. Même quand on s’adresse au médiateur rom, à Skopje, il faut lui parler en macédonien… Avant les élections, les Roms reçoivent des aides, on nous dit pour qui il faut voter. Mais une fois qu’elles sont passées, plus rien…"
-
"Là-bas, certains d’entre nous ont une petite maison. Mais on préfère tenter notre chance ici, parce que là-bas, notre vie est invivable."
En Roumanie
-
"On n’a pas de droits en Roumanie. Les Roms subissent la ségrégation et la misère depuis des décennies."
-
"En Roumanie, tout est difficile : pour le travail, l’école pour les enfants : ils sont délaissés, stigmatisés, et placés en école pour handicapés, même psychiatriques."
-
"Parfois, on a une maison en tissu. Et quand il neige…"
- "Là-bas, personne ne te donne à manger, ou des habits. La mendicité est interdite. On n’a pas de moyens pour vivre."
Et en France ?
-
"Les gens sont gentils."
-
"On a honte de dormir sous des tentes, exposés au regard des autres. On n’est pas habitués à ça. On n’a pas où aller se laver."
-
"Pourquoi est-ce que la Préfecture prend nos demandes d’asile pour ensuite ne pas nous héberger et nous laisser à la rue ? Si on ne voulait pas de nous, pourquoi on ne nous l’a pas dit tout de suite ?"
-
"On est venus ici en espérant trouver une vie meilleure, pas pour souffrir autant que là d’où on vient."
-
"Depuis que nos enfants sont scolarisés ici dans des bonnes conditions, on voit la différence, on voit que ça leur fait du bien."
-
"On vit ici, dans un hangar, sans eau, avec des enfants dont certains n’ont que quelques mois. On nous a proposé un hôtel mais on a dû le refuser car on ne pouvait pas y faire à manger."
-
"Ici, on peut faire les poubelles, et on reçoit de quoi se nourrir."
-
"Les enfants sont scolarisés dans les même écoles que les enfants français et sont bien considérés."
-
"Cela fait plusieurs années que nous sommes arrivés en France, espérant trouver dans ce pays une place. On devrait avoir les mêmes droits que tous les autres migrants européens : la libre circulation et installation des personnes. Mais il n’en n’est rien ! On nous chasse de partout, nous obligeant à chaque expulsion à reconstruire un habitat de fortune avec nos familles, dans des conditions indignes de cette Europe."
Ce qu’on voudrait
"Les gens pensent qu’on est des voleurs mais ce n’est pas vrai. Nous, ce qu’on veut, c’est :
-
avoir un travail,
-
avoir un logement,
-
que nos enfants aillent à l’école."
"Nous sommes ouverts au dialogue pour vous expliquer qui nous sommes et aussi pour vous dire que dans les conditions de dénuement et d’insalubrité où nous sommes, il est parfois difficile de vivre selon les critères qui ont cours dans une communauté ayant l’eau, des sanitaires, un ramassage d’ordures… et des ressources – celles du travail, ou les allocations pour celles et ceux qui sont frappés par le chômage. Toutes ces choses qu’on appelle la misère quand on ne les a pas."
|
Aux traditionnels vœux du jour de l’an s’ajoute donc la nécessité que la fin du dispositif hivernal ne soit pas synonyme de remise à la rue pour de nombreuses personnes vivant dans la précarité, et que tout le monde, français ou étranger, puisse avoir accès aux droits fondamentaux que sont le logement, le travail, l’éducation ou encore la santé, pour pouvoir mener l’existence qui lui convient. |
témoignages recueillis et tract réalisé
par le collectif La Patate Chaude
collectifsoutienroms38@gmail.com
Publié dans Tract | Poster un commentaire »
Ce lundi 17 décembre 2012, à 6h10, la police a encerclé le hangar situé face à l’Externat Notre-Dame, non loin de la MC2, occupé en majorité par des roms roumains venus se réfugier là après l’expulsion du camp de La Tronche en juillet 2012.
Des cars de police un peu partout, derrière, devant, sur les deux côtés du hangar et un rideau d’hommes qui arborent des protections multiples, aux jambes, aux bras, sur la tête.
La police a pénétré à l’intérieur vers 7h et, sous une pluie fine et dans le froid, a fait sortir les habitants.
Avec la centaine de policiers et de gendarmes, est également présente une dizaine de policiers municipaux.
Diantre ! Aurions-nous affaire à de dangereux malfaiteurs, à des envahisseurs de énième génération ?
Et derrière tout ce petit monde estampillé « shérif » circulent le directeur des services de la préfecture, des personnes du CCAS, de Roms Action et même la SDCS (société de surveillance).
Face à eux : des militant-e-s (Patate Chaude, École ici-maintenant, …), des sympathisant-e-s et quelques passant-e-s pour la plupart scandalisé-e-s.
Dans le hangar, les adultes s’organisent, empaquettent, ficellent ; les enfants, nombreux et hauts comme 3 pommes, franchissent les jambes bien plastifiées de la police pour venir nous voir, parfois nous sourire et se réfugier dans nos bras, parfois juste nous regarder aussi, ne comprenant pas, pas plus que nous. Les plus grands ont le visage fermé et d’une grande tristesse.
Dans la cour, un chapiteau est dressé où les occupant-e-s des lieux, selon un scénario bien rôdé, devront passer devant les représentants des différentes institutions : papiers, contrôles… Un passage s’ouvre et un couple arrive, puis une famille, une autre…
Certaines personnes nous ont confié des sacs, un vélo. A ce moment là, et seulement à ce moment là, nous avons pu échanger quelques mots. Ne sachant pas ce qui les attendait, ni où elles allaient être orientées, hébergées (où ? comment ? quelle structure ?) leurs visages sont remplis d’inquiétude. Des personnes du CCAS nous répètent que les enfants vont aller à l’école, des militantes s’en étonnent : comment aller à l’école dans ces conditions ?
La pluie s’interrompt, recommence, les familles passent devant nous, on leur attrape la main, on échange des sourires, ils disparaissent dans des véhicules. Quelques scènes décalées arrêtent le regard : un père roumain, de notre côté, qui demande à son fils, de l’autre côté des policiers, d’aller chercher deux pneus, et il part plus loin avec ses roues. Un enfant, agrippé à une veste en fourrure, totalement silencieux, nous regarde, presque immobile dans l’agitation générale. On le photographie. Une petite fille passe entre les jambes sombres d’un policier et une personne commente : « elle est plus petite que les protège-tibias ».
On ne peut traverser la rangée bien alignée des policiers. Trois journalistes sont passé-e-s, et l’une d’entre eux a pris des photos, des enfants surtout. L’un des membres de la Patate Chaude aussi, mais lui s’est tout de suite reçu une volée de commentaires par l’un des flics qui voulait l’en empêcher : « C’est interdit ! » « Pas du tout, on est encore en démocratie, j’ai le droit ! » « Je vais voir mon chef et on verra bien… » Il n’est jamais revenu. Il tentait juste un coup de pression pour empêcher les images de leur sinistre activité matinale de circuler…
Les familles sont embarquées dans des mini-cars, avec un minimum d’affaires, et conduites au C.A.I. (Centre d’Accueil Intercommunal), ou, après une analyse de leur situation sociale (composition de la famille…) elles seront conduites vers un des 2 sites prévus et équipés d’Algeco : chemin Fortuné Ferrini (sur La Tronche), et l’aire de stationnement aménagée et prévue pour les Gens du Voyage, derrière les anciennes usines Allibert (Grenoble).
Un couple s’est vu notifier une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) de 30 jours, et une personne a été conduite au CRA (Centre de Rétention Administrative) de Lyon Saint-Exupéry. Commentaire d’un des policiers quand la personne reçoit une OQTF : « Allez, bonnes vacances » !
Une fois le hangar vidé de ses occupant-e-s, ce sont les employés de la voirie et les engins de travaux publics qui entrent en action. Drôle de ballet. Présence aussi de camions-plateaux qui emmènent les caravanes. Tristesse.
37 Roumain-e-s (des enfants pour les 2/3) et une dizaine de Hongrois-es auront été expulsé-e-s ce matin, sous un ciel blafard.
Malgré elles, les personnes de Saint-Martin le Vinoux, installées dans des Algeco sur Fontaine, ont servi de laboratoire car, cette fois, un bloc sanitaire est installé ainsi que 2 WC sur la parcelle chemin Fortuné Ferrini. 27 personnes y sont hébergées dans 4 Algeco. Espérons, sans trop y croire, que cet hébergement ne sera pas géré par l’hystérique directeur d’association qu’il est inutile de citer ici, mais dont beaucoup ont déjà eu à se plaindre, à commencer par les Roms eux-mêmes.
Des journalistes étaient présents (FR3, Télé Grenoble, Dauphiné, RCF). Il s’avérerait que les différents services, y compris la police, aient été un peu pris de cours pour cette opération, mais le préfet semble avoir voulu précipiter les choses…
Au total, les expulsés de Saint-Martin le Vinoux et de Grenoble ont été dispersés et entassés dans des Algeco à Fontaine (près de But), à la Tronche (rue Fortuné Ferrini), à Grenoble (derrière Allibert) et dans les anciens bureaux de Jeunesse et Sports, rue Verlaine.
Que peuvent espérer ces familles qui disent : on voudrait travailler, on voudrait que nos enfants aillent à l’école, on voudrait un logement… Elles ont, en tout cas, tout à redouter de l’avenir dans ces hébergements, au milieu de nulle part, et que les responsables eux-mêmes qualifient de provisoires.
Pour les soutenir moralement, les aider, rompre leur isolement, passez les voir. Du moins, si vous y arrivez, car l’hystérique gestionnaire de ces locaux prétend s’arroger le droit d’interdire les visites aux familles hébergées (sur ordre du préfet ?)…
Afin de se démarquer de l’époque sarkozyste, les pouvoirs publics ont répété dans les nombreux articles parus avant et après ces expulsions qu’ils ont préparé celles-ci depuis longtemps, dans un souci des personnes concernées.
La réalité est que cette préparation s’est effectivement faite depuis des mois du côté des pouvoirs publics, mais sans que les premiers-ères concerné-e-s ne soient jamais entendu-e-s ou pris-es en compte avec leurs besoins et projets réels. Tout ce que les familles Roms ont pu toucher du doigt de cette préparation, ce sont les contrôles (appelés en novlangue « recensements ») effectués par la police nationale, sans explication aucune, quelques semaines avant les expulsions, et qui ont permis d’établir, à l’intention des pouvoirs publics, des listes indiquant qui serait « hébergé », qui recevrait une OQTF et qui serait emmené au CRA afin d’être expulsé en Roumanie. Jusqu’au jour même des expulsions, les personnes n’avaient aucune certitude sur ce qui les attendait, alors qu’une foule d’élus, de techniciens publics, de travailleurs sociaux, étaient, eux, au courant.
Bruno Charlot, secrétaire général adjoint du préfet de l’Isère, a affirmé dans un article du Dauphiné Libéré du 18 décembre 2012 : « L’idée, c’est qu’aucune famille ne soit laissée à la rue ce soir », et dans la suite de l’article : « Selon les derniers recensements, ce camp abritait une centaine de personnes. Plus de la moitié de ces occupants l’ont quitté avant l’intervention hier des forces de police et de gendarmerie. » Pourtant, maintenir ainsi les gens dans l’angoisse de ce qui les attend, n’est-ce pas la meilleure manière de s’assurer de leur docilité le jour-même, et pourquoi pas d’en pousser certain-e-s à quitter le camp avant l’expulsion ?
Si l’accompagnement social de ces personnes était réellement une priorité, c’est à leurs conditions de vie quotidienne, c’est-à-dire à leur habitat, à leur santé, à leur scolarisation, que les pouvoirs publics devraient s’intéresser en premier lieu. Preuve s’il en est que derrière le vernis de l’action sociale, il s’agit avant tout de contrôle social et de répression.
Nous continuerons de répéter inlassablement que la seule solution est que tou.te.s les migrant-e-s aient accès, comme tout le monde, sans discrimination, au droit commun, au travail, au logement, à l’éducation, aux aides sociales et à une existence digne.
École Ici et Maintenant – La Patate Chaude
Publié dans Témoignages | Poster un commentaire »
Depuis cet automne, des personnes roms originaires de Roumanie, pour beaucoup expulsées du camp de La Tronche, se sont installées dans un hangar situé en face de la MC2, rejoignant des Roms de Hongrie déjà installé-e-s là. Le bâtiment est loué à la S.A. Foncière de la Frise par la ville de Grenoble, qui a donc décidé d’engager une procédure d’expulsion. Les conditions de vie dans ce hangar sont effectivement inhumaines : pas d’eau, pas d’électricité, pas de chauffage, pas de douches, pas de toilettes, pas d’évacuation des ordures. Mais aujourd’hui, au lieu de leur proposer des solutions dignes correspondant aux revendications exprimées notamment par les occupant-e-s du hangar et recueillies dans le tract Témoignages de Roms réalisé par le collectif La Patate Chaude, la mairie s’apprête à les expulser pour les parquer dans un camp où les conditions ne seront guère meilleures d’un point de vue matériel, et pires d’un point de vue humain.
En effet, cette expulsion devrait ressembler à celle du terrain de Saint-Martin le Vinoux, dont les habitant-e-s ont pour la plupart été envoyées au camp de Fontaine. Non seulement ils y vivent dans des conditions encore pires que dans leurs baraques de fortune de Saint-Martin le Vinoux, mais il sera probablement vidé progressivement au gré d’OQTF (obligation de quitter le territoire français) exécutées au fur et à mesure, opération facilitée par les assignations à domicile et le gardiennage du camp. En attendant, les enfants vont-ils continuer d’aller à l’école, avec cette difficulté supplémentaire que représentent les trajets ? On le voit, ce « relogement » (cette « délocalisation » comme l’appelle le directeur général adjoint des services de Fontaine) n’a apporté aucune amélioration des conditions de vie des personnes, aucune perspective d’avenir pour elles. Les 8 revendications préalables [1] posées par RESF et La Patate Chaude ont été ignorées par les pouvoirs publics d’une manière révélatrice de l’absence de volonté dont les acteurs politiques du moment font preuve pour permettre aux personnes personnes roms et aux migrants en général de bénéficier des mêmes droits que le reste de la population.
Nous sommes certes satisfaits de la fin de la « méthode Sarkozy », car elle devait être condamnée aussi bien pour son inhumanité que pour le discours nauséabond qui la sous-tendait (ministère de l’immigration, discours de Grenoble, les pains au chocolat et on en passe). Mais la pratique développée par le nouveau pouvoir socialiste et appliquée par le préfet actuel ou par M. Noblecourt, avec l’accord tacite des maires des communes de l’agglomération, est tout aussi inhumaine. Elle est seulement enrobée de discours plus doucereux.
Et ça n’est pas terminé, puisque, alors que nous nous évertuons à dénoncer le centre de rétention déguisé de Fontaine, préfet et autorités locales s’apprêtent à rééditer la manœuvre dans les jours qui viennent avec le hangar de la MC2, dont les occupant-e-s sont promis-e-s à un transfert dans un camp identique à celui de Fontaine sur le territoire de La Tronche…
Nous répétons et répéterons tant qu’il le faudra que la seule solution est que tou.te.s les migrant-e-s aient accès, comme tout le monde, sans discrimination, au droit commun, au travail, au logement, à l’éducation, aux aides sociales et à une existence digne.
——-
[1] 1)Pas d’évacuation sans donner une date aux personnes concernées.
2) La continuité scolaire des enfants pour l’année en cours dans les écoles actuelles doit être assurée.
3) Les noyaux familiaux restreints ou élargis à plusieurs familles doivent être respectés dans les futurs logements.
4) Pas de personnes à la rue, ni expulsées du territoire.
5) Les biens des personnes doivent être respectés.
6) Un logement aussi pérenne que pouvait l’être leurs habitations si on ne les expulsait pas.
7) Les conditions d’accueil ne doivent pas être moins bonnes.
8) Le gardiennage de ces camps doit être un gardiennage de type gardien d’immeuble et pas "gardien de camp".
PS L’évacuation est en cours ce matin 17 décembre
Publié dans Communiqués | 1 commentaire »


